Rakim – The Seventh Seal (2009)

7 11 2009

Après des années de traversée du désert, Rakim revient assoiffé en studio pour délivrer son troisième album solo. Un retour qui nous faisait dors et déjà saliver. Depuis que son projet sous l’écurie Aftermath a fait fausse couche il faut dire qu’on avait presque plus d’espoir de le réentendre. En 2000 on s’attendait à un retour grandiose, prenant une dimension gigantesque avec le génie de Dr. Dre aux manettes, mais les divergences artistique entre les deux géants du Hip Hop était trop grande pour pouvoir s’accorder sur un album entier. A cette époque Rakim avait tout pour faire le come back parfait et nous faire réagir avec un « Oh! My God » (nom supposé de cet opus). Son envie de rapper était la, il s’était même installé en Californie pour être au plus proche de ceux qui allait réveiller son talent. Finalement les nombreux morceaux enregistrés resteront encore sous scellés pour longtemps. Hormis les quelques fuites de mauvaises qualités dévoilés sur la toile, on ne retiendra au final de cette période que son featuring avec Truth Hurts (« Addictive »), sa participation à la B.O d’ 8 Mile (« R.A.K.I.M. ») et à « The Watcher Pt.2 » de Jay-Z.
 
On efface tout et on recommence à zéro. Revenu arpenter les rues de New-York, l’ancien partenaire de rimes d’Eric B aura quand même cravaché plus de trois avant que ne sorte dans les bacs « The Seventh Seal » (« Le Septième Sceau »). Effectivement annoncé pour la date symbolique du 07/07/07, cet album au titre tiré du passage apocalyptique de la bible aura la encore mis du temps à voir le jour, comme si une malédiction s’était abattu sur lui. Ah moins que ce ne soit les propres volontés du God MC, le fait de contrôler sa destiné (quand d’autre se font manipuler) et de débarquer maintenant sous sa propre structure Ra Records et SMC Recordings. La crainte reste de mise pour l’auditeur, on espère que sa plume ne s’est pas effrité comme ce sable qui s’échappe de ses doigts (voir la pochette). Le but de son album est en tout cas ambitieux mais reste tout de même très utopique. Car avec ce titre qui annonce le jour du jugement dernier il métaphorise afin d’engendrer par la suite la venu d’un nouveau cycle pour le Hip Hop. « Cracher du feu et prendre les meilleures cendres pour bâtir notre royaume » comme il l’a dit en interview. Une volonté louable pour sa musique mais qui semble irréalisable même pour le ‘meilleur rappeur de tout les temps’, d’autant plus que Ra n’a fait qu’observer d’un oeil le 21ème siècle.
 
 Au commencement le God MC enseigna l’art de manier le micro. « How To Emcee » enthousiasme par cette touche old school apporté par Slyce. Malgré qu’il ai longtemps été en retrait il aime encore jouer les teachers du Hip Hop comme son acolyte KRS One. Une bonne entrée en vigueur pour nous re familiariser avec le rappeur et son lourd héritage qui lui est indissociable. La religion est un autre thème qui a toujours été dans son coeur, lui l’auto surnommé Rakim Allah a refait parlé de lui à travers d’ « Holy Are You ». Une chanson à son image, très spirituelle dans le texte et envoûtante par ce sample, l’un des morceaux les plus percutant de ce grand retour attendu. C’est son petit protégé Nick Wiz qui se charge de cette production. En parlant de l’ambiance musicale de « The Seventh Seal » on regrette fortement l’absence de gros noms, l’alchimie avec ces créateurs de l’ombre est bonne mais manque nettement d’ampleur vis à vis du charisme de notre rappeur. Pas d’unreleased de l’ère Dr. Dre comme le prétendait les rumeurs, encore moins une nouvelle association avec Eric B. donc. Needlz, Jake One et Nottz sont finalement les plus confirmés sur l’ensemble du tracklisting, pour dire… Ce n’est pas pour les dénigrer car on apprécie tantôt leur travail, mais on aurait mérité mieux pour un album de Rakim (qui a dit DJ Premier?).
 
Jake One lui sert une ambiance calme afin que Rakim lâche son message sur la persévérance (« How Long ») avec comme inspiration principale le discours de Martin Luther King « How Long, Not Long ». Nottz en fait de même lors qu’il s’agit de parler de Dieu (« Man Above »), Rakim garde la foi malgré le monde diabolique dans lequel on vit. Les deux pistes étant bercé par les chants de Tracey Horton. Needlz s’est quant à lui occuper du single « Walk These Streets », une collaboration avec Maino, seul chanceux à avoir pu figurer sur cet album. Le morceau est bon, et même si on est étonné de voir Maino ce dernier par son vécu sait de quoi il parle quand il cause de la rue et de ses dangers. Au final il assure bien au côté du maître sur cette track qui pêche ses sonorités dans les pianos du Docteur. L’occasion de voir ici un Rakim sombre et brute ne se fera que par l’intermédiaire de « Documentary Of A Gangsta », une plongée dans la tête d’un gangster des bas fond new-yorkais.
 
Lorsqu’on regarde de près, le Microphone Fiend a énormément de choses à raconter et le fait de bel manière, mais vu d’ensemble il manque des ingrédients pour apporter plus de valeur à ses propos. C’est ce qu’on ressent avec « You & I » (Feat. Samuel Christian), « Working For You » et ce sample ultra cramé utilisé par Bassi Maestro (Willliam Bell « I Forgot To Be Your Lover »), ou encroe « Message In The Song » qu’il partage avec sa fille Destiny Griffin. Les sujets abordés sont intelligemment racontés et tournent bien souvent autour de ses proches, Dieu ou de la rue. Sans compter sa passion pour la musique qui prend une place énorme dans sa vie à en croire « Put It All To Music » et « Still In Love », ou encore ses sentiments amoureux qu’il effleure romantiquement sur « Psychic Love » électrisé par la prod de Nick Wiz.
 
Inspiré sûrement aussi par le film d’Inger Bergman (du même nom que son album), Rakim a joué aux échecs avec la Mort sur cet album, espérons que celle-ci lui donnera un peu de sursis le temps qu’il retrouve toute sa splendeur. Un album frustrant, aride en excellente production mais qui peut néanmoins se ressourcer légèrement grâce à une technique et une écriture qui coule toujours de source pour ce rappeur qui reste et restera la référence ultime pour son travail passé. « Si tu restes honnête envers ce que tu fais, les fans respecteront cela », et c’est le cas avec ce projet sincère qu’on respecte mais qui n’échappe pas à notre déception indéniable. Contrairement à cette track de Neo Da Matrix la satisfaction n’est apparemment pas toujours garantie quand on écoute du Rakim.
 

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