Fashawn – Boy Meets World (2009)

25 10 2009

 

Il fût un temps les rookies du Hip Hop avait du mal à se faire une place. Un milieu trop véreux qui ne mise que sur des valeurs sûr, c’est pourquoi de nombreux rappeurs sont retombés dans l’ombre avant même d’avoir vu leur premier album dans les bacs. De nos jours les complications persistent mais la donne à nettement changée, la tendance semble être surtout à la découverte de nouveau talent et de les mettre en avant. Et 2009 semble sourire à ces nouvelles têtes prometteuses puisqu’ils sont nombreux à démarrer. Débarqué de Californie par l’intermédiaire d’Evidence (des Dilated People) et de Planet Asia, Fashawn pose la première pierre de sa discographie avec « Boy Meets World » (One Records). Une oeuvre introspective qui retrace les grandes lignes de sa vie sur une touche extrêmement fraîche et positive. Il fait partie de cette génération de la westcoast qui s’inspire nettement plus de l’esprit soulful que celui du G-Funk. 

D’ailleurs pour harmoniser ses textes il a eu la judicieuse idée de ne s’associer qu’à un seul et unique producteur, une formule ancienne qui a fait ses preuves et qui semble revenir à la mode. Après sa superbe mixtape ‘The Antidote’ avec Alchemist il côtoie désormais Exile, un adepte du genre puisqu’on se souvient de ses excellentes cargaisons pour Exile et Blame One. A 21 ans Fashawn fait déjà preuve d’une grande maturité. Forgé par une enfance parsemée de difficulté il n’hésite par à retranscrire son vécu et ainsi mettre en avant ce que peuvent ressentir des milliers d’autres enfants. On pense notamment à ce magnifique « Life as a Shorty », à la production entraînante et enfantine, qui narre ses expériences passé avec ses yeux innocents de garçon. Le clip et la façon dont il traite le sujet nous ferait presque penser à du Spike Lee tant il raconte aussi bien ces anecdotes de jeunes de quartier. « While my parents was out in the streets / i built my world on a blank sheet, just thinkin’ in myself » 

Après une « Intro » de présentation bouillante, Fashawn exprime son sentiment de vivre sa vie comme il le souhaite sur « Freedom » (scratchant au passage une phrase de Talib Kweli au refrain), et il vit la sienne avec un stylo dans la main. Les productions d’Exile sont extrêmement mélodieuses, et bien jazzy comme sur l’ambitieux « Stars » ou ce « Hey Young World » (Feat Aloe Blacc) rempli d’espoir qui sample la boucle de piano de Natalie Cole « Someone That Used to Love » (qu’avait déjà repris Kanye West sur « Heard ‘Em Say »). Perdu dans la complexité de l’existence, Fashawn se questionne lui même sur les tendres violons de « Why » avec des phrases aussi poétiques que pertinentes: « God got like a million names, and if we made in his image does he see it the same? And if we flesh of his flesh, could he feel my pain? Tear drops symbolizing the rain. » 

Les samples Soul sont les autres principales sources d’inspirations d’Exile: « Samsonite Man » est un duo avec Blu qui, comme le laisse deviner le titre, parle d’une vie de nomade. Lui qui a dû mettre toute son enfance dans une valise pou partir en foyer après que son père fût incarcéré et que sa mère le délaisse pour la drogue. Il a d’ailleurs une pensée pour son paternel décédé depuis sur « Father ». « Boy Meets World » est la soundtrack de sa vie, une réflexion sur lui même qui dure plus de 10 min. Les vocalises, le charme de la prod. et son texte rappé/chanté/parlé en font l’un des titres qui résume le mieux l’album, ça aurait d’ailleurs très bien pu clôturer l’album. Exile prend lui même le micro sur « Bo Jackson » histoire de montrer qu’il sait faire les deux, tandis que Planet Asia collabore sur un « The Score » musicalement trop décalé de l’ensemble; ces deux pistes ne sont pas mauvaises en soi mais sont plutôt dispensable. « Breathe » (Feat. Bravo) est une bouffée d’air en pleine face, malgré la violence du contexte, à l’image de l’album en général. 

Si l’album paraît très léger et sensible, comme ces bulles de la pochette qui défile devant les yeux peu enjoués d’un enfant qui découvre ce monde, il nous réchauffe également en nous rappelant qu’il vient d’un endroit quasiment toujours ensoleillé. Sous les palmiers de Cali, il y retrouve la verve d’Alchemist pour représenter L.A. et son Fresno natal sur « Our Way » agrémenté de gros scratchs. Il en est de même lorsqu’ils décrivent leur région avec Co$$ & Mistah Fab dans « Sunny CA » qui semble planer avec l’odeur de la weed qui sort de leur bouche. Ou encore cette infusion latine dans « Lupita », indissociable avec la vie californienne, qui démontre son intérêt tout particulier aux demoiselles d’Amérique Latine. 

« When She Called » fait partie de ces histoires d’amour qui vous frappe en plein coeur, toujours orchestré par une mélodie délicate et harmonieuse. La température redescend et calme tout le monde quand il fait le constat sinistre de son environnement sur « Ecology », avec un instru d’Exile rempli d’amertume. Fashawn a une facilité déconcertante de nous captiver quand il nous lâche ses couplets. Son honnêteté , son authenticité, ses rimes et ses histoires de garçon qui a grandi trop vite nous apportent une sincérité qui ne fait pas de mal au Hip Hop. Aussi profond mais plus solide que l’album de Kid Cudi, « Boy Meets World » se déguste d’une traite sans aucune fausse note et ce grâce en partie au travail d’Exile (même si l’on décèle souvent les mêmes ingrédients dans ses formules). Vous considérez toujours que le Hip Hop est mort? La nouvelle génération est la pour le ressusciter… 


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