Brother Ali – Us (2009)

16 09 2009

 

Quand on dit que le Hip Hop n’a pas de couleur ce n’est pas toujours pour faire une morale gnan gnante et simpliste. Pour Brother Ali elle a un sens bien précis. La pochette noire et blanche de son nouvel album « US » n’est pas non plus anodine. S’il y en a encore qui ne le connaîtrait pas, ce rappeur débarqué de fin fond du Minnesota est atteint d’albinisme. Une maladie génétique mal comprise, mal vu par certains écervelés. Pour l’anecdote, les albinos sont même persécuté dans quelques pays africains par des sorciers qui se servent de leur corps pour créer des potions soi disante guérisseuses. Inutile de vous raconter que, même dans une démocratie comme les Etats-Unis, toute sa vie il a dû essuyer des critiques, des discriminations et autres revers de toutes parts à cause de sa pigmentation trop pâle. Les évènements de son vécu ont forgé le moral et les textes de ce rappeur d’exception, et c’est pour ces raisons qu’on est souvent obligé de raconter son passé, son statut, afin de mieux comprendre ses albums tous aussi intelligents et bien ficelés les uns que les autres. Peu importe sa couleur, de savoir qu’il est blanc ou noir quelle importance, sa musique est bonne et c’est bien la seule chose qu’on est en droit de connaître. 

Après une tournée (qui est passé par Paris) et un EP destructeur (« The Truth Is Here »), Brother Ali lâche son nouvel album solo baptisé « US ». Avant de vous révéler les grandes lignes de ce dernier, il faut reconnaître que ce rappeur est en constante progression. D’année en année il ne cesse de sortir des projets hors norme, « the Undisputed Truth » était celui qui l’a propulsé tout en haut de l’underground parmi les rappeurs les plus talentueux et celui qui l’a fait connaître à un plus large public. Une aventure qu’il doit au groupe Atmosphere: Slug étant celui qui l’a en gros propulsé dans le circuit et Ant celui qui depuis ses débuts produit intégralement ses disques. Fidèle à Ant, fidèle au label Rhymesayers, jamais en manque d’inspiration, bénis d’une énergie vivace et d’une versatilité surprenante dans son flow, Ali prêche ses bonnes paroles (« The Preacher ») sous l’escorte et la confiance de Chuck D et Stokley Williams. Une bouffée d’air jazzy se dégage de notre tête lorsqu’on écoute les doux cuivres embaumer ses jeux de mots sur « Crown Jewel ». Entremêlés d’histoires sûrement réelles comme ce  «House Keys» et sa mystérieuse mélodie, « US » regorge de textes consciencieux, religieux, et de storytelling sur des sujets marquant de la société. « Tight Rope » est un de ceux la est narre les situations délicates de trois personnages. La première est une réfugiée de la guerre civil, le second un enfant de parents divorcés et le troisième un homosexuel, trois destins différents mais trois être humains se sentant rejetés par leur entourage pour ce qu’ils sont. Une mésaventure que l’auteur connaît très bien. 

« The Travelers » est a classé parmi les plus beaux textes réalisés sur l’esclavage et le racisme. Un style perspicace, une manière pertinente de dire les choses qui ne peut que faire prendre conscience et nous ouvrir les yeux sur un thème important de notre histoire. Autre chanson poignante, ce « Baby Girl » qui raconte toujours de façon adroite le viol d’une personne lorsqu’elle était plus jeune. Brother Ali semble ressentir plus que quiconque la souffrance des gens à travers de tel morceau. Profond dans les sentiments, on le sent touché lorsqu’il raconte plus personnellement ses amitiés d’enfance sur « Slippin’ Away » ou lorsqu’il exprime son amour sur « You Say (Puppy Love) ». S’il se veut souvent revendicateur, décrypteur des maux de la société, Brother Ali sait aussi donner le ton lorsqu’il exprime sa joie de vivre, lui l‘ancien sans domicile fixe. «Fresh Air» est le descriptif de son quotidien, de sa famille et du bonheur qu’il connaît depuis qu’il vit sa vie en faisant ce qu’il aime. Freestyleur, rappeur à la rime affûté, il le démontre également sur des titres autrement percutants comme « Round Here », « Game » , « Best @it » (Feat. Freeway & Joell Ortiz) ou encore « Bad Mufucker Pt.2 » qui fait suite à la track présente sur l’EP « Champion ». Tout ceci ne serait rien bien entendu sans l’énorme travail d’Ant à la prod. qui transfuse des beats Soul/Jazz/Blues, frais et détonants de musicalité sur chacune des pistes. Assurément l’un des albums du moment à posséder. 


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