Marco Polo & Torae – Double Barrel (2009)

31 05 2009

 

Impossible de ne pas s’en rendre mais la tendance actuelle dans le Hip Hop serait de faire des albums en commun, d’associer le talent de deux artistes le long d’un album entier. Je ne parle pas de ses hypothétiques collaborations qui circule sur Internet mais qui ne vois ou ne verrons quasiment jamais le jour (Nas/Damien Marley, Eminem/50 Cent, Nas/Dr. Dre, Tragedy Khadafi/Raekwon, sans oublier l’utopique triplette Scarface/Nas/Ice Cube). Non le je parle de concret, de rappeurs qui se partage réellement le micro pour se donner la réplique. KRS One et Buckshot sont dans les starting block pour nous le partager, Chubb Rock & Wordsmith pareil, Ghostface Killah & MF Doom si tout va bien… Autre recette efficace, celle qui retourne au source du Hip Hop, réunir un MC et un producteur. Statik Selektah a un temps soit peu raviver l’énergie de Saigon, DJ Quik & Kurupt réveillent la Westcoast, Buckshot & 9th Wonder ont doublé a mise, le DJ japonais Honda et Problemz ont suivi ce schéma. C’est sur même principe qu’on découvre récemment dans les bacs « Double Barrel », que les discrets Marco Polo & Torae nous ont concocté pour l’amour du Hip Hop. 

Je ne vais pas passer par quatre chemins: l’union est détonante! Fortement marqué par ce qui est sorti des rues obscures de Brooklyn et du savoir faire des Large Pro, Pete Rock ou autre DJ Premier, le producteur canadien a trouvé l’homme qui lui fallait en Torae pour ré imprégner cette atmosphère 90’s. Une combinaison qui a vu sa solidité sur le solo « Daily Operation » de ce dernier. Marco avait lui déjà largement fait ses preuves sur sa compilation « Port Authority » où il n’a eu aucun mal à réunir le gratin new-yorkais tant son travail était surprenant. Pour Torae, bien que son album a eu de bon feedback, c’est l’occasion de frapper plus fort et de montrer son authenticité à un public pas suffisamment convaincu. 

First track et pan! Nos oreilles saignent sur ce beat tonitruant; les trompettes rendent les couplets héroïques, le decrescendo de piano nous transporte ailleurs tandis que les scratch de DJ Revolution nous pimente ce titre brut 100% street, an instant classic comme on dit. On se croirait revenu à l’époque de l’age d’or avec des beats qui font froid dans le dos, avec des samples dépouillés jusqu’à l’os, et ou les MC spit leur venin avec les tripes sans penser à la tune qu’ils récupèreront derrière. Sur l’intro de ce nouveau projet c’est DJ Premier en personne qui cosigne le disque, un gage de qualité indéniable. 

En plus d’un « Double Barrel » qui redore les valeurs d’un Hip Hop Eastcoast, c’est aussi subtilement l’album de la diversité et d’une preuve d’un net changement des mentalités, ou le rappeur noir est entièrement servi par un producteur blanc, une première selon nos mémoires. La musique ne fait pas la différence, la seule couleur qu’elle perçoit est celle de l’espoir et des revendications. Bourré d’énergie, Torae assure l’essentiel. Il ne fait certes pas vraiment le poids lorsqu’il croise le chemin des charismatiques Lil’ Fame et Rock sur le puissant et ténébreux « Smoke », mais on le sent ambitieux et déterminé. L’autre moitié des Heltah Skeltah est elle aussi présente puisque Sean Price pose avec le légendaire Masta Ace sur « Hold Up » qui reprend ce sample bien connu que Prodigy avait déjà saigné sur « Return of the Mac » (« Kamen Rider » par Shunsuke Kikuchi). Entre textes qui transpirent la rue ou hommage à son bled pommé de « Coney Island », on a le droit à une panoplie de tracks doublement calibré: « Lifetime », « Rah Rah Shit », « Danger », « Get It », « Word play » avec sa prod. ressemblant à l’univers angoissant des Snowgoons. Guilty Simpson est du voyage et amène sa D3 touch sur « Stomp ». 

Un album lourd, avec un vibe boom bap excellente, qui se finit tout en finesse sur ce léger « Crashing Down » (Feat. Saukrates & S-Roc). Duck Down Records ne cesse d’être fidèle au bon son, de gonfler ses rangs en se chargeant de publier de tels albums. B-Real, Kidz In The Hall, Special Teamz,… et bien sûr tout ce qui touche de près ou de loin les artistes du Boot Camp Click. Une belle collection à leur actif. Tout le monde la croyait morte, mais la scène d’NYC reprend du poil de la bête et reste un foyer ultra prolifique, suffit de la laisser s’exprimer pour s’en rendre compte. 


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