Jadakiss – The Last Kiss (2009)

28 05 2009

Jadakiss fait partie de cette catégorie de rappeur qu’on reconnaît instantanément dès qu’il ouvre la bouche. Une patte vocale assez imposante, légèrement enrayée, qui a fait de lui l’une des figures importantes qui composent le Hip Hop. Oui mais voila, lorsqu’il s’échappe en solitaire et laisse de côté ses camarades des L.O.X., la sensation s’amoindrit très nettement. Le pilier Jadakiss est poursuivi par cette malédiction qui veut que sa discographie se vende mal et pire, soit mal acceptée par la critique. La raison de ce phénomène semble, à notre avis, se trouver dans ce souci de plaire à un large de public en invitant tout et n’importe qui, de trop se prendre la tête artistiquement pour au final dénaturer vraiment le produit de la rue qu’il est. Et être encore lié indirectement à Bad Boy Records à l’époque n’est pas anodin à ces contraintes. Là où « Kiss tha Game Goodbye » répondait quelque peu à notre attente avec une pincée de singles sulfureux, « Kiss of Death » se ratatinait de plus belle et se focalisait principalement sur cette polémique autour de sa punchline « Why Do Niggas Push Pounds of Powder? Why did Bush Knock Down The Towers? » (Dans le morceau « Why » avec Anthony Hamilton). Après 5 ans de réflexion et d’interminable décalage de date, Jada semble prêt à nous révéler son projet qui clôturera ainsi la trilogie des « Kiss ». Même si l’envie le démangeait ce ne sera finalement pas « Kiss my Ass » qu’il l’intitulera, son envie de frapper un grand coup avec un titre percutant s’est en fin de compte transformer en un larmoyant « The Last Kiss » par souci de langage. Encore une fois l’authenticité de son auteur s’effondre même dans le titre. 
En 2009, Jadakiss arpente un nouveau virage en portant les couleurs du label Def Jam/Roc-A-Fella Records tout en étant encore affilié avec les Ruff Ryders (qui ne survivent que symboliquement dans le nom). Son conflit avec Beanie Sigel mis de côté, le premier album du New-Yorkais dans l’écurie de Jay-Z avait toutes les cartes en main pour faire renaître en lui l’habile freestyle rapper des premiers jours. Mais une fois de plus la tracklist met mal à l’aise, elle donne limite la nausée à la vue de cette collection de featurings, à croire que Jadakiss est incapable de tenir seul le micro plus de 3 min. Et ce qui arrive toujours avec ce type de produit qui va tremper son pain dans toutes les sauces, c’est qu’on va zigzaguer entre les bons et les mauvais côtés. Tout commence pourtant bien avec ce brut « Pain & Torture » dans la pure tradition des titres street, téléguidé par le missile instrumental de Buckwild. Dans les combinaisons qui penchent un tantinet dans l’éthique du rappeur on retrouve bien sûr son partenaire Styles P sur le monotone, mais néanmoins attachant « One More Step », son autre acolyte Sheek Louch sur le plus sulfureux titre de l’album « Come & Get Me » (produit par Neenyo), mais surtout les shaolins Ghostface Killah et Raekwon qui l’épaulent magnifiquement sur l’excellent et trop court « Cartel Gathering ». On n’oublie pas non plus le solennel « Letter to B.I.G. » (produit par Needlz) avec la douce Faith Evans, qui était déjà présente sur la BO du film Notorious et qui vient amener ici une touche de sincérité qui manquait jusqu’à présent. Quatre minutes de réflexion, de souvenir et d’hommage à celui qui l’a pris sous son aile et qu’il a côtoyé un temps. À défaut d’avoir son nouveau patron Jay-Z, il a néanmoins réussi à s’accorder les faveurs de l’autre grand du label, Nas. On se remémore alors leur ancienne collaboration avec « Show Discipline », là ils nous servent plus dans la facilité avec « What If », une sorte de suite à « Why ».

Le reste de l’album oscille entre éternelles saveurs R&B, tubes pour radio, et morceaux bien fades. On commence par ces featurings soi-disant « rythmé et bluesé » et dans ce lot seule la jeune et nouvelle venue Ayanna Irish au travers du titre « Can’t Stop Me » arrive à nous convaincre. Grosse déception en revanche pour Mary J. Blige qui est limite inaudible sur cette synthétique production des The Inkredibles. Le chanteur italo-américain Avery Storm, spécialiste des refrains, fait le minimum syndical, mais arrive toujours a enchanté une chanson avec ses vocalises (« I Tried »), la même chose pour Jazmine Sullivan sur « Smoking Gun ». Single phare de « The Last Kiss », le bon « By My Side » séduit par ce brin funky apporté par Éric Hudson et voit l’efficace participation de Ne-Yo. Autre surprise « Things I’ve Been Through », l’un de ses seuls vrais solos, sur lequel il revient sur son parcours avec ce merveilleux et chaleureux sample de « Promise Me » du regretté Luther Vandross. Pour cadencer un peu plus le tout, Jada a eu l’idée de faire appel à Swizz Beatz (et à Snagz)… Arrêtons de tourner autour du pot, il y a le Swizz Beatz de l’époque Ruff Ryderz qui cartonnait à tous les coups et le Swizz Beatz des jours nouveaux, surestimé, qui manque d’inspiration et qui alterne entre efficacité et gros déchets. Bonne tentative sur « Who’s Real », mais le résultat nuit gravement à la santé et à l’album en général, sans parler de la participation inutile d’OJ Da Juiceman. Dans les morceaux simplistes, on préfère encore largement le sombre « Something Alse » avec Young Jeezy et son phrasé accrocheur, voire même « Stress Ya » un morceau qui perturbera les dancefloors par sa lenteur hypnotique en provenance de la planète Neptunes. En revanche, on passe totalement notre tour en ce qui concerne le « Rockin’ With The Best »

Jadakiss n’a pas changé de formule depuis ses débuts en invitant toujours un nombre impressionnant de seconds rôles. Une boulimie qui construit autant qu’elle nuit à ses projets. Bien meilleur que « Kiss of Death », ce nouveau chapitre toutefois mitigé se clôt dans un climat d’horrorcore produit par Alchemist avec le bonus « Death Wish » en présence de Lil Wayne.


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