Eminem – Relapse (2009)

23 05 2009

 Et dire qu’il aurait pu connaître le même destin qu’Heath Ledger… Le Monde fait la manche avec cette crise qui la touche, Obama est le premier président noir des États-unis d’Amériques, Nicolas Sarkozy veut des portiques de sécurités dans les écoles, la Corée du Nord joue les physiciens, les enfants tuent leurs parents pour leur avoir interdit de jouer aux jeux vidéos, la neige tombe au Sahara, pas besoin d’un dessin pour dire qu’il y a des choses qui changent et des choses qui ne tournent pas rond dans l’atmosphère en ce moment. C’était la période propice pour qu’un trouble fête bien connu refasse instinctivement surface dans le rayon des bacs en surmontant son mal être personnel. Car si Eminem se secouait les bourses pendant tout ce temps ce n’était pas pour exciter les actions de WallStreet. Plonger dans une addiction poussée aux somnifères notre rappeur blond préféré avait commencé par annulé sa tournée européenne d’Anger Management Tour (dommage on avait déjà les places pour le Stade de France…), puis a continué sa descente aux enfers en apprenant le décès tragique de son meilleur ami Proof (des D12), sans oublier son remariage raté avec la mère de sa fille. Un cocktail de souffrance et de dur moments qui l’ont fortement fragilisé et dirigé dans une profonde fatigue. La rumeur d’une fin de carrière ne s’est alors pas faite tardé sur Internet, surtout que dans l’outro de « Encore » le protagoniste laissait pensé à un suicide. Rapidement démenti, cette mort artistique n’est juste que passagère et est vite mis de côté lorsqu’il re participe à quelques projets et conçoit le street album « The Re-Up » dans le but de mettre un peu plus de lumière sur les autres rappeurs de l’écurie Shady Records. Après plus de 5 années éloigné des studios, Marshall Mathers nous fait une rechute (« Relapse »)! Son alter ego Slim Shady en est ravi… Mais que tous les Stan se rassurent, il a su resté lui même et est de nouveau suivis par l’un des meilleurs spécialistes du genre, son docteur assigné, le Dr. Dre (et ses assistants) qui se serre de ce programme pour pouvoir enfin conclure sa propre thèse sur la désintoxication… 

Le côté obscure… 

Ses abus de médicaments ont poussé le rappeur à faire ressortir en lui le côté noir de son âme. Fasciné par l’apparence banale des serial killer, qui au final pourrait être n’importe qui, il ouvre le bal funèbre avec un single dans la veine de l’horrorcore dans lequel il se met dans la peau d’un de ses psychopathes meurtriers ([i] »3 A.M. »[/i]). Rares sont les titres aussi sombres à connaître un tel engouement, mais les 5min 19 de cette mise en scène morbide aux accents d’Hannibal Lecter démontre bien l’intérêt du public pour cette catégorie horrifiante et encore plus l’énorme popularité d’Eminem qui n’est jamais retombé malgré son absence prolongée. Comment allier cette tristesse douloureuse qui se meurt au fond de lui et cette dépendance aux drogues qui le font déraper mentalement dans des pensées sanguinolentes? La réponse se retrouve sûrement dans cette douce balade [i] »Same Song & Dance »[/i]. Créer un contraste saisissant entre une charmante mélodie planante et un scénario tout droit sortis de l’esprit dérangé de Shady qui joue la encore les fous de service. Tel un Jack L’Eventreur, on rentre dans la folie routinière d’un sociopathe qui kidnappe et séquestre des proies féminines. C’est aussi mélodieux que d’écouter du Mozart pendant que vous regardiez Massacre à la Tronçonneuse ou aussi dérangeant que d’écouter 

des chansons de Walt Disney en regardant le journal de 20h. Ses victimes ne sont bien entendu pas choisis au hasard, et si il ne nous en dévoile que leur prénom les multiples détails évoqués font rapidement références à Lindsay Lohan et la seconde à Britney Spears, ses cibles habituelles quoi. Pour finir avec l’hémoglobine qui coule à flot, on termine en beauté sur ce [i] »Stay Wide Awake »[/i] qui atteint l’apogée de la perversité et met en avant l’instinct de prédateur, de violeur, de tueur, de sa double personnalité qui jouit dans la souffrance de ses proies. En plus d’une production glaçante conçu de sang froid par Dr. Dre, Eminem fait preuve d’une réelle maîtrise de son texte en lâchant phrases et rimes ultra performantes sur un flow aussi sauvage et cru que ce qu’il raconte. 

Né pour provoquer, Eminem ne serait pas fidèle à lui même s’il ne déversait pas sa rage sur certains peoples ou autres personnes qui lui auraient fait du tord. Ce côté critiques et haine profonde on le retrouve sur tous ces albums, c’est d’ailleurs l’une des principales raisons qui fait qu’on parle de lui partout. La ou il frappe fort et se démarque des autres rappeurs c’est qu’il est aussi bien capable de lancer des propos outrageux sur le Pape que sur sa propre mère. Ce n’est pas nouveau, et comme il le signale lui même on a déjà trop souvent entendu parlé de sa mère dans ses précédentes tracks, mais si il y revient pourtant très longuement sur [i] »My Mom »[/i] c’est pour mieux nous expliquer la raison de sa dépendance actuelle aux drogues. Il ne pèse pas ses mots et accuse ouvertement sa maternelle de l’avoir familiarisé/drogué étant jeune en le forçant à manger de la nourriture avec toutes sortent de médicaments dangereux comme le Xanac ou le Valium. [i] »Il n’y a personne de plus lâche que ma mère »[/i], vous en entendez souvent de telle phrase?… L’instabilité familiale durant son enfance est la cause de ce trouble de personnalité qu’il se plaît à créer dans ses morceaux. Comme pour essayer de calmer ses démons le personnage de Slim Shady apparaît, agit et dit tout haut ce que le réservé Marshall Mathers ne peut se permettre. Ambiance malsaine, humeur maléfique, pédophilie, brûlure de cigarette et autres dingueries sont les composants ignobles de l’énorme [i] »Insane »[/i], narration fictive de son enfance sous la maltraitance. Le but de dégoûter l’auditeur est réussi tant l’ensemble du morceau recèle de phrases trash. ([i] »I Was Born With a Dick in my Brain »[/i]). La encore l’allure accéléré de son flow et ses punchlines qui s’enchaînent percutent de plein fouet notre conscience sur cette histoire déjanté qu’il nous raconte. Ces deux séquences sont tellement transcendantes pour notre cervelle qu’on en trouverait presque banale les autres piques qu’il balance. [i] »Bagpipes From Baghdad »[/i] avec sa rythmique orientale est entièrement dédié à la « princesse » Mariah Carey avec laquelle il aurait eu une histoire mais qu’elle ne cesse de renier, tandis que [i] »Medicine Ball »[/i] égratigne une fois de plus l’âme de Christopher Reeve et son personnage de Superman. Lorsqu’il ne prend plus ses cachetons le Shady retourne à ses gamineries habituelles dans le premier single [i] »We Made You »[/i], un titre guignolesque aux accents Pop qui s’en prend à bons nombres de célébrités. C’est en quelque sorte une tradition, assez lassante il faut le dire, puisque chacun de ses albums en contient un et est d’ailleurs la rampe de lancement du reste. 

Anxiolytiques, antidépresseurs, somnifères, la pochette de « Relapse » (et tout le package) résume à merveille ce qu’à été les journées de ces dernières années pour le rappeur de Détroit. Pour se sortir de ce cauchemar bien réel, il ne lui restait plus qu’une personne à aller voir. Sorcier du Hip Hop, Docteur qui a longtemps usé de la chronic pour guérir ses patients, André Young aka Dr. Dre a reçu un appel de détresse pour redonner le goût du lab à Eminem. Attention! Le studio peut vite s’apparenter à une autre addiction comme il le signale dans [i] »Must Be The Ganja »[/i]. Lui rendre visite l’a libéré, motivé et dans un soucis de bien le faire comprendre il nous la fait en chanson, [i] »Hello »[/i] qui marque le retour du Eminem clean. La thérapie passe aussi par la confection d’échantillons instrumentales adaptés pour soutenir la véracité encore plus accru de ses textes. Peu inspiré mais toujours aussi carré, le travail du californien semble avoir été pris dans l’urgence. Si on ne ressent aucune innovation, aucun chef d’oeuvre, aucune réalisation qui nous mette en pleine extase, il a su montré l’étendu et la richesse de ses recherches en variant les sonorités grâce à l’intervention de ses chirurgiens Mark Batson, Trevor Lawrence Jr., Dawaun Parker, Mike Elizondo, ou encore à la team d’Eminem comme Luis Resto et Jeff Bass. Des retrouvailles qui se fêtent et qui méritent bien l’ouverture de quelques bouteilles. Premier single à avoir pris le fuite sur Internet, [i] »Crack A Bottle »[/i] marque son enterrement de vie de jeune dépressif. Les poids lourds Dr. Dre, 50 Cent, Eminem prennent chacun la parole. Un trio qui pèse des milliards, il fallait au moins ça pour combler le chagrin. Apparaissant rarement en featuring pour un rien, le mæstro de Compton se devait de soutenir son poulain et c’est pourquoi ils s’unissent de nouveau comme au bon vieux temps sur [i] »Ol Time’s Sake »[/i], simple mais efficace. Si les prods sont moins volumineuses qu’elles en ont l’air ce n’est pas sans compter avec le ténébreux et très théâtrale [i] »Underground »[/i] qui clos héroïquement ce disque. Eminem aiguise ses mots au scalpel et reprend des couleurs plus vives sur ce péplum, voila qui nous rassure pour la suite des évènements. 

Pas de prise de risque, « Relapse » continue dans la même formule artistique qui a fait fortune. Ce choix est frustrant pour nous pauvre auditeur qui attendait un recueil plus pimenté après ce long hiatus. Pas une déception en soit, mais des combinaisons qui perdent vite leur saveur tant on connaît déjà les plans du chantier. Nan ce qui fascine réellement dans cet album c’est cette aisance qu’à Eminem à modifié le trajet de son flow, une plume qui ne s’est pas dilué dans la morphine et un mental qui engendrerait une crise cardiaque à plus d’un psychologue. Lorsque ses pulsions ralentissent, le rappeur nous fait ressentir de manière très personnel sur [i] »Deja Vu »[/i] le chemin vertigineux qu’il a emprunté en 2007 avec ses overdoses de médicaments. L’impuissance de ne pouvoir rien faire contre se sevrage, qui vous détruit mais qui est plus fort que vous, se mêle à l’émotion d’un père de famille déboussolé de se montrer tel quel devant sa fille ou de se trouver des excuses avec la mort de son ami Proof. Un grand moment qui donne des frissons. Il en va de même pour le succulent [i] »Beautiful »[/i] et pour cause, c’est le seul texte retenu ici qu’il a écrit durant cette période noire de sa vie. Sérieux comme un cancer qui ronge sa joie de vivre, Eminem n’a jamais été aussi transparent que dans ce texte qui nous invite à prendre part de son mal être. Plus de goût à la vie, tenter de se ressaisir, un costume de star mondiale pas toujours simple à supporter, une balade qui indique à l’auditeur que même s’il nous raconte les détails de sa vie dans tous ses albums, ce qui donne l’apparence de le connaître, on ne peut pas y percevoir ses vrais sentiments. [i] »Beautiful »[/i], sans aucun doute le titre le plus marquant. 

« Relapse » est le puzzle complexe de sa vie dont certains morceaux se seraient égarés dans l’infernale consommation de pilules amères. Qu’on apprécie ou pas le personnage, y’a pas à dire: il y avait un grande vide dans le rap game sans Eminem! 


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