Busta Rhymes – Back on My B.S. (2009)

16 05 2009

 

Universal Motown se frottait déjà les mains en voyant dans ses rangs la venue de l’imposant Busta Rhymes… Partis d’Aftermath/Interscope suite à un différent avec son patron Jimmy Lovine, le Leader of The New School a dû reconstruire entièrement son album à cause ce conflit et un tel retournement de situation laisse forcément des traces. La majorité des titres promos ne figurent donc pas sur ce disque baptisé « Back On My B.S. » , pour Bullshit (« Watch Ya Mouth », « I Got Bass », « Don’t Touch Me », « We Made It », « G-Stro »). Universal se retrouve alors avec une coquille quasiment vide qui a dû être comblé dans l’urgence. Voila principalement les raisons de ce pauvre tracklisting, invités + producteurs, qui n’est pas du tout représentatif d’un vrai album de Busta Rhymes. Pas de J Dilla (même pas une prod. inédite sortie d’un fond de tiroir) et un panel commercial derrière le micro digne d’un nouvel artiste fraîchement débarqué dans le circuit. Seul les Neptunes ont résisté à la tempête. Avec tous ces ingrédients devant nos yeux, difficile de la croire lorsqu’il nous déclare que son huitième opus est un retour aux sources. 

Pas de Dr. Dre, pas de combinaisons formidables et détonantes avec des Nas, Raekwon, Q-Tip, Missy Elliot, ou encore la présence d’une légende comme Stevie Wonder, ou même un featuring posthume magnifique avec Rick James. Le Big Bang n’a lieu qu’une fois! Anti conformiste par excellence, Busta Rhymes a toujours su faire basculé la balance en sa faveur avec ses délires et ses morceaux transgéniques capable de vous mettre dans un état d’hystérie. Le choix du titre n’est pas anodin, ils ont toujours donné la température du contenu, celui la nous promet de rentrer dans son esprit de déjanté (voir la pochette) contrairement aux anciens qui ont toujours porté vers un sentiment de frayeur, promis à de purs sensations. D’ailleurs ce dernier à eu de multiples intitulés: « Blessed » ou « Before Hell Freezes Over » devait être dans cette continuité glaciale et apocalyptique. Ce changement ultime nous démontre qu’on assiste bien à une nouvelle étape (fatale?) dans la carrière du rappeur. 

La véritable aventure de « Back On My B.S » commence fin 2008 avec le single « Arab Money ». Si l’idée de Ron Browz était voué au succès dans les clubs et les charts, Busta Rhymes s’attendait à recevoir le retour de bâton d’une partie des auditeurs Hip Hop mais surtout de ceux qui ont tout de suite pensé que le morceau critiquait la culture arabe, alors qu’au contraire il la mettait en valeur. Hormis ces critiques de petites envergures, « Arab Money » et « Pop Champagne » pour Jim Jones sont surtout les deux singles qui ont relancé la carrière du producteur Ron Browz, qui était alors plus connu pour avoir produit « Ether » pour Nas et « Ebonics » pour Big L. Un renouveau artistique peu original qui passe par l’auto-tune. Sa seule prise de risque est donc celle de ne pas trop souler l’auditeur avec depuis que le logiciel est utilisé par tout le monde. Mais « Arab Money », qui a connu par la suite de nombreux remix populaire, se distingue par son refrain chanté en arabe, par son rythme saccadé entraînant et par sa chorégraphie contagieuse devenu mondialement connu. 

Si au final ce titre nous agace autant qu’il nous fait délirer, Busta Rhymes nous confirme avec ses singles qu’il est tombé de plein pied dans le moule des majors. L’Electro et la Dance, qui s’invitent de plus en plus dans le Hip Hop, s’infiltrent ici sur « World Go Around » (Feat. Estelle). Toutes proportions gardées (et j’insiste!) c’est le genre de tube simpliste et conventionnel qu’on aurait très bien pu retrouver sur le disque déchet de Flo Rida. Le hit makers Ty Fyffe crée un hymne déconcertant pour les hustlers. Busta Rhymes est à l’aise dans son sujet mais la production de cet « Hustler’s Anthem ’09 » est plus festive et rébarbative qu’on aurait imaginer pour un tel sujet. Encore une fois le rappeur nous prend à contre pied et enfonce le clou en laissant le refrain au coutumier chant de T-Pain. Il faudra attendre le troisième single pour retrouver un produit plus facile à digérer: « Respect My Conglomerate » produit sans fioriture par Focus (le jeune pousse de l’écurie Aftermath) nous rappelle en un couplet que ce Godzilla du Hip Hop en impose et sait se montrer persuasif. Jadakiss & Lil Wayne (qui prend la place de Young Jeezy sur la version de l’album) le suive de près et lâche à leur tour un discours visant le même objectif. 

Le reste de l’opus se partage entre pistes anecdotiques (celles qui font bouche trou) et morceaux passables (ceux qu’on écoute agréablement mais qu’on oubliera avec le temps). Libre à vous comme toujours de vous faire un avis, de notre côté dans la première catégorie on incorpore « Give Em What They Askin For »: Ron Browz ne reproduit guère sa première alchimie avec Busta (encore pire qu’une prod. raté de Swizz Beatz), le somnifère « I’m A Go and Get My… », « We Want In » avec la encore Ron Browz et l’écurie du Flipmode Squad, le plat et pas inspiré « We Miss You » (Feat. DeMarco & Jelly Roll), « Don’t Believe Em » produit par les Cool & Dre auquel s’ajoute T.I. et Akon avait tout pour faire un tube, malheureusement ça sonne comme du déjà entendu et irrite nos tympans en quelques écoutes. A contrario on retient l’excentricité et le début en mode opéra bien fun de « Wheel of Fortune » produit par son pote DJ Scratch, Danja sert « Shoot for the Moon » sur un plateau d’argent pour que Busta Rhymes se fasse entendre même dans l’espace. Le génial Jelly Roll, qui jusque la n’était pas dans son élément, nous enivre sur ce doux « Sugar ». 

On a connu meilleur dans la combinaison The Neptunes/Busta Rhymes mais « Kill Dem » et Tosh lui permettent de retrouver cette chaleureuse influence du reggæ dans son rap. Enfin pour finir, la meilleur track de cet album, la perle nacrée retrouvé dans une marée noire, « Decision ». Un délice conçu autour d’un piano (celui de Mr. Porter) dans laquelle Busta Rhymes délivre ses plus sincères et introspectifs couplets, épaulé par Common qui en fait de même (et qui prouve aussi qu’il n’a pas changé depuis son dernier album pour ceux qui en doutaient…), et charmé par les chants de Mary J.Blidge, John Legend et Jamie Foxx, rien que ça… Pire album de Busta Rhymes? pas de doute la dessus, le mot déception n’est même pas adapté tant on est abasourdis par cette formule,maintenant il regorge heureusement d’une pincée de qualité que chacun appréciera à sa guise. 


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