Saigon & Statik Selektah – All In A Day’s Work (2008)

7 04 2009

Dans la famille des rappeurs qui n’arrivent pas à sortir d’album solo, je voudrais Saigon ! Ce véritable espoir du Hip Hop qui a passé plus de la moitié de sa vie en prison n’a pour le moment pas confirmé son statut, malgré la très bonne mixtape « Warning Shot » qui n’a fait qu’attiser l’attente. La faute, encore, a de nombreuses complications connues par son label Atlantic Records/Fort Knocks Entertainment. Se sentant mis sur la touche, ce dernier les critique ouvertement, ainsi que Just Blaze et les menace de sortir son projet en indépendant. Une fois le partenariat avec Violator créé, Saigon apprend par le DJ que tout ceci n’était qu’un malentendu et que la sortie de son album « The Greatest Story Never Told » (TGSNT) était simplement retardée à cause des droits d’auteur sur le sample utilisé par le single « Cry Baby ». Quelques excuses plus tard et l’affaire des samples réglés, on se dit alors concrètement que le projet accouchera bel et bien en ce début 2008, comme il est désormais convenu.
Mais l’actualité judiciaire le rattrape et ses minables déclarations outrageuses envers d’autres rappeurs seront reprises contre lui par les médias Hip Hop. Dégoûté par l’amplitude que cela prend, Saigon décide de tout arrêter, de quitter le monde de la musique, repris par son blog en « Saigon Is Dead ». Véritable ras-le-bol ou raison supplémentaire pour repousser la date de sortie… Quoi qu’il en soit, lui qui se disait ennuyé par la tournure du rap actuel est devenu presque aussi ridicule que 50 Cent dans ses faits divers. Son envie de taper Nelly, son beef lamentable avec Joe Budden, le coup de poing minable porté sur Prodigy etc, etc. Au final, tout ça débouche sur sa démission d’Atlantic Records. « TGSNT » devient un peu le « Detox » de l’underground, une fumeuse odeur de sortie plane autour, un buzz qui s’essouffle pas, mais on n’en perçoit pas la moindre trace à l’horizon. Mais pourra-t-on réellement l’entendre un jour ou restera-t-il enfermé dans un tiroir, la deuxième solution semble envisagée à l’heure actuelle. Voilà pour la petite histoire récapitulative.

Son retrait, à vrai dire personne n’y croyait, Saigon l’a tellement ouvert et agit rapidement sans réfléchir qu’on le savait déjà revenir pour de nouvelles péripéties. On est en 2009, Saigon est devenu papa, les choses semblent s’assagir pour ce dur à cuire, l’avenir lui sourit et lui ouvre les portes d’une collaboration avec Amalgam pour promouvoir et distribuer ses projets ; compagnie où son rival du moment Joe Budden est signé, un comble ! Mais comme dit plus tôt, les choses ont changé et aux dernières nouvelles, les deux rappeurs se sont réconciliés. Avant de se consacrer exclusivement à l’enregistrement d’un second album (même si le premier n’est pas sorti) le rappeur s’allie avec le bien chaud DJ/Producteur Statik Selektah pour un street album digital (autrement dit uniquement disponible sur Internet), « All In A Day’s Work ». Comme son nom l’indique, le concept réside dans sa réalisation qui n’aurait duré que 24h. On ne va pas non plus plonger les yeux fermés dans ce baratin et croire que l’ensemble de ces 11 morceaux (30 min) ont été produit, enregistré, mixé en si peu de temps… Sa palette de prods déjà préparée en main, Statik l’a déballé et cela n’a alors pris qu’une journée de studio à Saigon pour poser dessus. En revanche, selon les dires du producteur de Boston, le rappeur new-yorkais n’a aucunement écrit ses textes à l’avance pour cet opus.

Du confirmé Just Blaze au montant Statik Selektah, le changement est très radical, mais lui permet de relancer la machine. On n’assiste pas ici à un mini disque explosif, mais, comme on pouvait plus s’y attendre avec Statik, à un ensemble très soulful qui fleure bon les jours ensoleillés au-dessus des blocks de Brooklyn. Il utilise la même recette qui a fait sa réputation ses derniers mois, en usant en abondance de samples et en plaçant des scratchs par ci par là. A défaut de pouvoir entendre l’intégrale des meilleures histoires de Saigon, on en a juste un exemplaire sur le titre introductif « To Be Told ». Si l’écoute se laisse couler tranquillement c’est sûrement provoqué par cet air de déjà entendu qui plane dans les instrus d' »All In A Day’s Work ». Une sensation qui se confirme un peu plus avec cette boucle de pianos sur « The Rules » qui parait extraite ou fortement inspirée d’un certain « Keep It Thoro » (à noter aussi le scratch de Soulja Boy assez étonnant pour le préciser). L’association atteint son maximum d’efficacité au travers de l’excellent « So Cruel » où Statik sort les cuivres et où Saigon enchaîne les phrases marquantes.

Si le résultat n’a rien d’énorme, il reflète parfaitement l’état d’esprit des productions de Statik : simple mais plaisant. Les textes et le flow de Saigon n’ont rien non plus d’extraordinaire, en même temps, vu leur temps d’application sur l’album, ça reste convenable. Parmi les samples reconnus qui font tout le charme de certains titres, il y a la voix pitchée d’Ike Turner sur le refrain de la ballade « Lady Sings The Blues », le magnifique « Do Me Baby » de Prince pour « The Reason », le « Je vous aime beaucoup » de l’incontournable Jermaine Jackson ou encore le possible « Sitting In The Park » de Billy Stewart(?) sur le très bon « Love Her ». Lorsque Joe Budden disait qu’il vendrait plus de mixtapes que lui d’albums, ce n’est pas incohérent si Saigon ne s’attarde que sur ce genre de produit. Et pour le moment, ça ne semble pas le perturber, car le volume deux avec Statik est déjà en route, tout comme la mixtape « Warning Shot 2 ».


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