Joe Budden – Padded Room (2009)

28 03 2009

Les relations qu’entretiennent Joe Budden et la musique sont sans nul doute les plus intenses qu’on connaisse dans le milieu du Hip Hop. La majorité des artistes ne peuvent guère s’en passer pour une question de passion ou de rémunération pour d’autres, mais pour Budden, c’est juste une question de survie. Une transcription écrite de son mal-être, posée sur beats, qui chasse ses démons et lui donne encore la force de regarder à l’horizon. Si ce dernier a réussi à décrocher de la drogue, c’est grâce à elle, si sa notoriété et son nom sont reconnus aujourd’hui, c’est encore grâce à elle. Ce rappeur à l’esprit torturé (cf la pochette de l’album où on le voit dans sa camisole à la Hannibal Lecter) a donc tout le temps besoin d’exposer sur feuille de papier la noirceur de ses pensées et de nous les faire partager. Une nécessité qu’il enregistre désormais en indépendant (Amalgalm Digital) depuis que le label Def Jam l’a renié et l’a laissé au placard, malgré le disque d’or et les tubes fournis (« Pump It Up », « Fire »). Peu importe si les ventes ne seront pour lui plus aussi conséquentes, peu importe si le buzz n’est plus pareil, sa série de mixtape « Mood Muzik » et ses streets album dont « Halfway House », qui sont d’ailleurs d’aussi bonne qualité qu’un solo, lui permettent de faire entendre sa plume à qui veut bien l’écouter. Un retour gagnant qu’il concrétise ici avec ce « Padded Room » qu’on attendait depuis 6 ans maintenant. Ne cherchez plus des titres festifs ou ces autres pistes dont raffolent les radios ; libre de choisir, libre de composer comme il le souhaite son opus, « Padded Room » est l’étape qui doit davantage le faire reconnaître pour ses talents d’MC et non d’entertainer éphémère. Un psychiatre ferait un diagnostique bien inquiétant, pour ne pas dire dépressif en décortiquant les paroles de Joe Budden. Ce dernier n’est en effet on ne peut plus sombre dans ses phrases, ou la mort plane et rode bien souvent autour d’elles. En fait, c’est l’album qui lui ressemble véritablement. Rongé par la réflexion, il exprime ses angoissants rêves et cauchemars dans l’excellent « In My Sleep » à l’instru de The Klasix tout droit sorti de la dimension cosmique du sommeil. Ses capacités de narration sont exploitées tantôt pour raconter de longs discours qui sentent la rue comme « Blood On The Wall (Prod. MoSS) sur lequel Prodigy en prend au passage pour son grade, tantôt pour y raconter ses propres mésaventures tel le douloureux « I Couldn’t Help It » qui rappelle qu’il ne peut pas voir sa fille ou encore « Exxxes » et sa pointe de nostalgie qui raconte ses expériences avec les femmes (ou la drogue si la métaphore est poussée comme on le pense).

Évidemment, cet étalage personnel tout le long d’un album pourra en endormir certains, mais de nos jours rares sont ceux qui ne s’exposent pas volontairement à la commercialisation avec un titre pour radio ou un featuring qui rameutera du monde, lui reste fidèle à ses convictions et à ce qu’il a réellement sur le cœur. Il y a bien The Game sur « The Future » (Prod. Fyu-Chur), l’ovni de l’album, mais encore faut-il rappeler que cette collaboration est synonyme de paix et enterre définitivement la hache de guerre entre ces deux rappeurs. « Padded Room » est dans son ensemble bien produit, son choix de production est aussi compliqué qu’intéressant, à l’image de sa personnalité. « If I Gotta Go » (Prod. The Klasix) et ses chœurs donnent froid dans le dos lorsqu’il lâche ses questionnements sur la vie et la mort et sur lui même (« Me, I fight to stay alive, e’ry day is work Especially when they say it’s six million ways to murk »). Blastah Beats le met tout aussi bien en l’introduisant énergiquement grâce à « Now I Lay », avec cette ambiance 80’s qui s’élève sur « Don’t Make Me » ou encore en trouvant les bonnes touches sensibles pour « Do Tell » qui s’apparente comme à une lettre d’adieu, et à ses autres alarmantes confessions à travers « Angel In My Life ».

Outre certaines pistes peu envoûtantes, mais sortant du tunnel dépressif de l’album (« Happy Holliday », « Adrenaline »), le point d’orgue de l’album se trouve sur « Pray For Me » et son air angélique. Mais cette conversation inventée entre Dieu et Joe Budden n’est guère là pour le rassurer, il en vient même à s’expliquer durement avec lui lorsque le premier lui fait la morale sur la vie qu’il a menée. Si avec la mort il pensait y retrouver enfin la paix éternelle, il se trompe, il faudra agir et considérer la vie différemment s’il veut pouvoir ouvrir les portes du paradis. Ne vous ouvrez pas les veines, l’album s’achève sur un ton plus jovial avec le « Family Reunion Remix » (Feat. Fabolous, Ransom & Hitchcock).


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