B-Real – Smoke N Mirrors (2009)

16 03 2009

A bien y réfléchir, B-Real était l’un des seuls piliers de gros groupe à ne jamais avoir sorti d’album solo. On n’en connaît pas réellement les raisons, paresse personnelle, volonté de trop bien faire, veto posé par Columbia Records ? Une multitude de possibilités récurrentes nous sautent immédiatement à l’esprit. En tout cas, cela fait maintenant plus de 20 ans, depuis les débuts des Cypress Hill, qu’on attendait comme des morts de faim un tel projet de sa part. Et c’est lors d’une escapade chez Duck Down Records qu’il va enfin concrétiser celui-ci après une série de mixtape « Gunslinger » qui annonçait l’évènement. Après Frost, B-Real est l’artiste latino le plus célèbre du Hip Hop ; sa voix nasillarde, sa vibe et ses phrasés infusés de marijuana en ont fait un personnage emblématique dans le milieu. Pour les jeunes et moins jeunes de la communauté hispanique, c’est carrément un modèle, une icône qui représente fièrement « La Raza ». Dans une époque où les latinos et la langue ibérique dominent nettement le territoire américain, on est d’ailleurs bien étonné de ne pas y avoir vu émerger durant toutes ces années plus de rappeurs. Il y en a bien sûr, mais aucun n’a réussi à atteindre un tel statut. Un échec qui trouve sûrement sa réponse via le mouvement chicano rap, style presque obligatoire pour les rappeurs d’origine mexicaine de la côte West, trop orientés dans les histoires de gang pour conquérir un large public. Une thématique et une affiliation dont le vétéran B-Real s’est écarté très tôt après une histoire qui l’a rattrapé, privilégiant désormais la prévention et les conséquences de ce style de vie dans ses chansons plutôt que de le glorifier. La clef de son succès passe aussi par là.

Sa dernière grosse apparition, tout le monde s’en rappelle, c’était lors du refrain de « Vato », titre présent sur le « Blue Carpet » de Snoop Dogg. Un tube qui l’a en quelque sorte relancé médiatiquement. Un coup de pouce d’autant plus mérité et important qu’on craint qu’en sortant son solo « Smoke N Mirrors » sur son propre label Audio Hustlaz et avec un distributeur indépendant, ce dernier risque de peu faire parler de lui. Mais il compte bien entendu sur les fans et les oreilles attentionnées pour mettre en avant ce projet entièrement conçu dans son propre studio. On retrouve d’ailleurs le chien de Long Beach sur le morceau « Dr. Hypenstein » produit par B-Real lui-même, qui a opté pour un son plus électrisé assez lassant, mais qui au final se laisse bercer par le refrain chanté de Trace Midas. Le juste retour des choses se fait également avec Buckshot, patron de Duck Down et leader des Black Moon. Mais là encore, la sauce ne prend guère : l’association manque de complicité, la boucle de violon de Soopafly est vite irritante et l’ensemble en pâtit donc largement.

Voila c’était le ressentis négatif de l’album qu’il me fallait préciser avant toute chose. Passons désormais à la véritable force de ce disque à l’atmosphère 100% B-Realesque. Le single « Don’t Ya Dare Laugh » annonçait la chaleur californienne qui s’en dégageait. Scoop Deville fournit LE hit radio avec cette mélodie de synthé à la fois simple et irrésistible où vienne s’accoler un Xzibit en forme et le protégé du latino Young De (présent maintes fois sur l’album) qui fait une démonstration de son savoir-faire. Attention ! Avec le beau temps qui arrive, ce titre rafraîchissant devrait aisément faire son apparition dans les boomers de nombreuses caisses.

Tout commença d’abord avec la piste éponyme « Smoke N Mirrors », mon cœur fut totalement subjugué par cette charmante voix samplée (du merveilleux morceau « Children of the Night » des Stylistics) par Scoop Deville (une fois de plus) et qui au point culminant de son petit chant laisse apparaître le flow et la voix transcendante de B-Real. Rien de tel qu’un enchaînement pareil pour vous faire un torticolis, je ne parle même pas du plaisir démesuré de réentendre la voix suave de Bo-Roc des Dove Shack. Ça commence fort, très très fort même ! Et la suite ne se fait que plus attendre. L’ancien protégé de Warren G rejoue de ses cordes vocales sur la track suivante pendant que l’O.G. B-Real narre la dangerosité des rues californiennes, de ses violentes activités sur « Gangsta Music ». En bon admirateur de longue date du rappeur, on n’est nullement déçu par l’orientation artistique de cet opus, ici ce n’est pas du Cypress Hill, mais bien du B-Real à 100%. Le choix des beats lui correspond parfaitement et qu’on ne s’y méprenne pas s’il n’y a pas la présence de DJ Muggs, il a compris qu’il fallait aussi voir ailleurs. Et ça paie sur le sombre « 6 Minutes » servi de main de maître par un Alchemist plus inspiré que jamais qui a sorti la sulfateuse pour terrifier l’audimat. Monsieur Sick Jacken, sortez les cuivres ! Une « Psycho Realm Revolution » s’annonce lorsque les deux compères se retrouvent sous cette énormissime production qui ramène à la fois l’air funky de la côte West et un courant spanish avec ses frétillantes trompettes.

Retrouver des tonalités sud-américaines n’est qu’une question de formalité pour ce rappeur aux racines mexicaines et afro-cubaines, surtout lorsqu’il collabore avec son acolyte Sen Dog et Mal Verde pour ce consciencieux « 1 Life », produit par ses soins et dans lequel il pose des couplets en spanglish. Connu pour être un passionné de la culture hydroponique et de ces substances verdoyantes, il en est même un pionnier dans le Hip Hop pour en avoir fait l’apologie, B-Real est fortement captivé par les fumées grasses qui s’échappent de l’île jamaïcaine. Déjà présent sur « Till Death Do Us Part », Damian Marley ressurgit sur le brûlant « Fire », tellement bouillant qu’il faut sûrement être sous perfusion de weed pour être complètement dans le délire. Il est obligé que certains vont nous dire que son flow nasillard leur ressort par le nez sur la longueur de l’album… C’est sûr qu’on peut ne pas accrocher, mais c’est souvent le même constat lorsqu’un rappeur a une empreinte vocale si charismatique. Fier de sa ville, de son quartier, la plupart de ces tracks sont accentuées par ce sentiment de représenter comme il se doit d’où il vient, et ce, notamment par les histoires qu’ils racontent tel « Stack’N Paper » ou l’original « Dude VS Homie ». On clôt ce chapitre attendu par une réunion de hustlers californiens sur « When We’re Fucking » avec Too $hort et Kurupt. On craignait un peu la sortie rerereretardée de ce « Smoke N Mirrors », mais au final, il est sans conteste l’album de ce début 2009, frais, ensoleillé et purement Hip Hop. Venant d’une légende comme B-Real cela fait plaisir, il n’a rien perdu de sa verve et de sa mentalité, là où d’autres ont perdu leurs capacités avec les années.


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