Scarface – Emeritus (2008)

7 12 2008

Il va falloir qu’on s’y fasse, mais le célèbre label texan Rap-a-Lot Records voit en « Emeritus » (Asylum Records) le tout dernier album solo de la carrière de Scarface. Après une année 2008 pourtant fructueuse qui a vu débouler le nouveau Bun B, Devin The Dude, les solos de Z-Ro et Trae ainsi que leur collaboration commune, la plus grosse et l’une des plus anciennes structures sudistes va donc devoir continuer son bout de chemin sans celui qui l’a construit et boosté par l’intermédiaire de son groupe Geto Boys.

Le patron J. Prince prend une fois de plus la parole dès l’introduction, mais contrairement à ce qu’on pouvait le supposer, ce n’est pas pour rendre hommage à l’artiste qui lui a permis de connaître la gloire, mais plus pour tergiverser pendant 4 min sur des anecdotes et drames personnels. Étonnant, pour ne pas dire plus qu’irritant lorsqu’on a les oreilles affûtées pour écouter la dernière balle d’une légende et qu’on se retrouve endormis par un discours sirupeux. Scarface à beau approuver cet aparté, on a encore plus de mal à croire à sa retraite définitive. C’est cet effet de mode qui nous pousse vers la méfiance et le doute. Mais venant de la part d’un activiste qui a 22 ans de routine et qui tirerait sa révérence sur un coup de tête en achevant son neuvième album, on se demande vraiment pourquoi il ferait une telle chose, surtout qu’il semble avoir encore de nombreux discours à expliciter.
Et pourtant, la pochette d’« Emeritus » se présente sobrement comme le dernier chapitre d’une belle histoire marquée de son sceau et millésimé depuis 1986. Sans grand artifice, ambiance feutrée derrière l’épaisse fumée de son cigare, dans la lignée de son précédent « Made », peut-être trop court, Scarface délivre ses derniers souffles provocateurs et gangstérisés histoire d’assouvir un peu plus sa réputation. La seule zone un peu plus énergisante provient d’entrée de jeu avec « High Powered » et son beat électrique produit par N.O. Joe avec un léger refrain reggae de Papa Rue. La palme du meilleur créateur d’atmosphère bien soulful revient une fois de plus à Nottz qui combine son savoir-faire en choisissant les bonnes boucles (flûte de pan, orgue…) pour les associer aux paroles sensibles et touchantes du magnifique « Still Here » (feat. Shateish) ou sur le bijou mélancolique de l’album « Can’t Get Right », avec un superbe refrain du crooner Bilal et Scarface qui prêche la bonne parole pour les ghettos américains. Beaucoup de refrains chantés, des morceaux un peu trop facilement calibrés, mais qui se laisse porter par un air efficace (« High Note » signé Jake One), ou par des discours intéressants sur la rue et ses dangers tels « It’s Not A Game » produit par Illmind ou « Soldier Story », où il laisse croquer ses poulains de The Product et son homie Z-Ro.

« Emeritus » est un album réfléchi, avec des textes profonds et sincères (« Unexpected » feat. Wacko et produit par Sha Money XL & Young Cee) où l’on ressent l’expérience et la maturité de son auteur, à l’image de « Redemption Song » qui ne fera que valoriser sa crédibilité et sa force textuelle. Scarface, c’est avant tout une voix grave familière, attachante, brute qui dès qu’elle se fait entendre impose sa loi. Une présence qui a fait trembler des générations dans le Hip Hop et dont il tient à le surligner à en croire la track éponyme que lui fournit Scram Jones. Parmi les combos all-stars, on retrouve Bun B et Lil Wayne sur une production de Cool & Dre samplant du Billy Paul pour un petit « Forgot About Me » ou bien plus percutante cette association K-Rino/ Slim Thug qui apporte une chaleur typiquement sudiste à « Who Are They ». Le tout se termine sur un semblant de marche funéraire d’1min12 avec l’outro similaire à la mélodie du début. Forcément pas assez marquant pour une dernière œuvre, l’ensemble reste cependant plutôt humble et fidèle à ce qu’il a toujours été.

Pour réentendre le gros ‘Face, il va falloir attendre un peu plus de concret par rapport à ses interviews où il déclarait vouloir faire un album entier avec une des pointures suivantes : Ice Cube, Bun B, Nas, Jay-Z, Beanie Sigel, voire même Georges Clinton.


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