Black Milk – Tronic (2008)

15 10 2008

C’est sans nul doute la plus forte progression qu’on ait pu voir dans le Hip Hop ces dernières années. Encore inconnu du grand public il y a à peine deux ans, le jeune producteur/rappeur de Détroit Black Milk s’est forgé une énorme réputation dans le milieu, à tel point que tout le monde souhaite une de ses créations pour son projet. En gros, c’est le producteur le plus hype du moment. « Popular Demand » portait bien son nom : tout le monde souhaitait le voir concrétiser avec un véritable premier album solo et non sur de simples (free)mixtapes. C’était désormais chose faite et la satisfaction du public était plus qu’encourageante et motivante pour la suite de sa carrière. S’en ait suivi deux street opus ; l’un avec son homie Fat Ray (« The Set Up »), et l’autre avec le prochain phénomène d’aftermath Bishop Lamont (« Caltroit »), sans compter sa large participation à l’album de Guilty Simpson. Lancé dans une productivité incommensurable, Curtis Cross a ressorti en cette fin d’année sa MPC 2000 AKAI pour ses propres intentions, et compte bien avec ce nouvel album solo « Tronic » (Fat Beats Records) enfoncer définitivement le clou d’un succès mérité.Avant, Black Milk ne pouvait guère trop se lâcher et expérimenter des horizons musicaux trop étranges, il fallait d’abord familiariser petit à petit le public à son style et c’est là où pêchait un peu son premier disque. Maintenant que son empreinte est désormais dans toutes les oreilles, sa mixture Hip Hop/Soul/musique électronique (typique de la ville de Détroit) peut enfin être plus poussée comme il le souhaite : sans en faire trop, mais juste assez pour enrichir nos oreilles avec des sonorités nouvelles.
Et c’est la première chose qui vient à l’esprit lorsqu’on écoute ce « Tronic ». Ambiancé par des bruitages futuristes, des synthés, comme ces ‘lasers’ en arrière-plan de « Hold It Down », il arrive par la même occasion à nous faire « Bouncé » comme il se doit. Le summum est atteint avec le titre phare de l’album, « The Matrix », une aventure sortie d’un monde parallèle où se côtoient les scratchs de DJ Premier, les sulfureux Pharoahe Monch & Sean Price et dans laquelle Black Milk fait figure de véritable poids mouche à côté de ce casting.

Il ne lâche pas non plus ce côté nu soul/soulful qui peint certaines de ses œuvres, tel « Reppin for You » qui laisse flotter une odeur de Kenzo au refrain, « Bond 4 Life » ou « Without U » avec respectivement des refrains chantés d’AB, Mélanie Rutherford et Colin Munroe. Sans oublier « Try » et son sample de voix Soul 70’s. Le point faible où l’on pêche et où l’on peut directement bloquer en écoutant un album de Black Milk, c’est cette construction boulimique qu’ont des chansons comme « Overdose » (porte bien son nom pour le coup), le single « Give The Drummer Sum » ou encore « Hell Yeah ». On nage dans un océan d’instruments, d’ajouts et de bruits en tout genre. Ajustés correctement ou pas, laissons vos oreilles en juger, mais tout le monde ne verra pas son travail d’un même angle.

Autre point ou la critique l’attendait au tournant, c’était au niveau de son rap. Avant même d’avoir pu découvrir son évolution avec « Tronic », le petit génie nous avait déjà littéralement bluffés sur scène lors de son passage à Paris. Mais forcé de constater que ce long format ne fait que confirmer ce que le live nous avait indiqué. Face à l’exceptionnelle dextérité d’un Royce Da 5’9 » il arrive à tenir la cadence sur le tonitruant « Losing Out », qui de par son rythme des pianos et riffs de guitare, nous rappelle une ambiance très années 80. Son flow s’est affiné, ses textes sont mieux travaillés, globalement « Tronic » n’est que le résultat d’un progrès flagrant. L’instrumental « Tronic Summer » c’est le supplément, le petit bonbon qu’on vous file pour adoucir l’addition en fin de repas. Là où d’autres mettent de l’eau dans leur vin, Black Milk préfère nous servir du petit lait bien écrémé d’entrée de jeu grâce à la montée en puissance de « Long Story Short », dans laquelle il nous rappelle son parcours.

J Dilla peut se reposer en paix, les petits jeunes de Détroit se servent avec brio de son héritage. Ils expérimentent, préservent et continuent de faire planer son riche travail dans un Hip Hop fusionnel comme il n’en existe dans aucune autre ville.


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