Prodigy – Product Of 80’s (2008)

7 10 2008

Histoire de rassurer ses fans, le ‘head nigga in charge’ a récemment envoyé de ses nouvelles via une lettre qu’on a pu lire sur son myspace et sur le site this50.com. On était ravis de le revoir en forme avec ses deux excellentes dernières sorties que sont le street album « Return of The Mac » et la tant attendue suite « H.N.I.C. 2 ». Et le rappeur laisse transparaître de cette lettre une sensation plus rageuse que jamais, mais sur fond de désolation, d’ennui. Normal me direz-vous lorsque vous êtes condamnés à être enfermés entre quatre murs bâtis avec les pierres de la loi. Trois ans et demi c’est long, très long, trop long même pour un artiste comme Prodigy qui depuis ses débuts avec Mobb Deep ne s’était pas aussi longuement éloigné des studios d’enregistrement. Et ce n’est que le début de sa peine… L’écriture et la lecture sont donc ses seules échappatoires, et le bon point à en tirer c’est que ses confidences, ses écrits n’en ressortiront que plus clairs, plus crus, plus incisifs. Il disait d’ailleurs comprendre la sensation connue par Tupac lorsque ce dernier était enfermé. L’un penchait pour la littérature de Machiavelli et Sun Tzu, Pee lui s’intéresse davantage aux théories du leader noir Dwight York, condamné à 135 ans de prison et qui a écrit le livre « Leviathan 666 ».
Mais comme on dit, « toute prison à sa fenêtre » et dans l’attente de le réentendre se défouler dans un énième projet solo ce sont les Sid Roams qui se charge de faire résonner son sulfureux et nonchalant phrasé (« P Keep Spittin »). Le duo Joey Chavez et Bravo sort sur le label Dirt Class un street album officiel nommé « Product Of 80’s », presque intégralement produit par eux deux. L’alchimie des productions des Sid Roams et l’univers sombre de Prodigy a donné naissance a plusieurs dizaines de morceaux lors de leurs maintes croisades au studio de Brooklyn, seuls 14 seront révélés sur ce projet à la ligne artistique bien définie. Flashback à l’époque de « Flash Dance », retour sur une décennie qui a bercé toute une génération par ses nouvelles mentalités, sa culture, mais aussi une période particulièrement chargée d’histoire, de bouleversements, de faits politiques, de créativités musicales, et j’en passe. Ce disque est tout simplement la bande originale d’un gars qui a baigné et été éduqué dans les années 80. Telle l’éruption du Mont Ste-Hélène, c’est d’entrée de jeu avec une explosion d’images marquantes que le visuel surchargé de l’album nous accueille.

Entouré de son bras droit Big Twins et de son jeune poulain Un Pacino, tous deux également issus des 80’s, Prodigy se lance dans des discours polémiques, de sthéories de complot et autres paranoïas, dans la continuité de ce qu’il avait lâché sur « H.N.I.C. » deuxième du nom. Là où on aurait pu s’attendre a une tonalité plus funky, plus dance dans la tonalité de par le titre, se transforme en un cauchemardesque paysage apocalyptique instauré de main de maître par les Sid Roams (« Boxcutters »). Comme s’ils avaient voulu démontrer à travers leurs productions le résultat d’une génération qui a grandi trop vite dans ce monde si froid (« Cold World »). On retrouve néanmoins de ci de là des bruitages, des pigments musicaux repris directement de ces années comme par exemple un sample du jeu vidéo Castlevania au début de « Catch Body Music » ou la cadence d’« Anytime » qui rappelle les tout débuts du Hip Hop. Excepté l’incroyable tube « Stop Stressin » avec son ambiance cocktail, palmier, Miami et synthé à la Scarface, tout flirte dans une odeur malsaine qui rappelle l’époque Mobb Deep (« Waddup Gz »).

La recette fait mouche, le travail réalisé est monstrueux et donne une inspiration hors du commun à l’esprit complexe de Prodigy. Il suffit d’écouter le planant et ultra introspectif « Am I Crazy? » (produit par le français Sebb) pour s’en rendre compte. Psychologiquement torturé, on a rarement vu le rappeur dans un si plein de confidences et de questionnements en tout genre. Si « In The Smash » tournait déjà depuis pas mal de temps sur internet, c’est tout de même avec un grand plaisir de la retrouver ici d’autant plus qu’elle apporte une touche plus légère, avec sa boucle nostalgique et sa combinaison en or P/ Big Twins. Dans la foulée l’un des meilleurs morceaux de l’album « Circle Don’t Stop », les voix du ghetto de Prodigy et Big Twins se font de nouveau entendre avec un refrain de Chinky, orpheline depuis l’arrêt du groupe Infamous Mobb. Jake One, le producteur qui monte et dont on vous a chroniqué récemment le premier album, a aussi contribué à sa façon au projet. Il permet d’ailleurs à Un Pacino de faire lui aussi de très bonnes prestations (« Damn Daddy ») ; il nous sert d’ailleurs un couplet assorti de napalm sur « Shed Thy Blood »

Bienvenue aux United Snakes of America (« Test Tube Babies »), un pays brut et violent, qui connaît une recrudescence de « Sex, Drugs & Murder », qui tourne à l’énergie nucléaire, ou l’Oncle Sam est un vicieux personnage, où les Illuminati dirigent le monde, où le président est un acteur, où l’on pourrait faire du surf sur les coupes de cheveux, ou le Hip Hop a pris racine, etc. L’album se devrait d’être distribué par la CIA dans les rues new-yorkaises, aussi largement que la cocaïne l’a été dans les 80’s.


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