Termanology – Politics As Usual (2008)

5 09 2008

En provenance du Massachusetts, le rappeur Termanology, avec tous les petits projets et mixtapes de bonnes factures lâchées à droite et à gauche, faisait déjà figure de leader of the new school selon The Source et bon nombres d’auditeurs. Là où on peinait à voir venir le concret des Saigon, Papoose et compagnie, Termanology lui préférait croquer la big apple avec un premier album solo bien réel. La faute de ce remue ménage, une production magique que lui sert DJ Premier et qui lui permet d’exploiter sa fraîcheur lyricale sur « Watch How It Go Down » (qu’on retrouve sur cette trackliste finale). Un préambule qui va vite attirer les regards des gens dès lors qu’on sait que la moitié de GangStarr a travaillé et s’intéresse à lui. Pour lui c’est simple, ayant grandi avec la scène californienne, mais aussi le son brut de New York dans les oreilles, il voudrait forcément reproduire cette alchimie et travailler avec des beatmakers légendaires pour son album, peu importe le prix à payer. La fait d’être un proche de Krumbsnatcha lui a déjà permis d’approcher DJ Premier, la suite des contacts devraient faire effet boule de neige. Et a en lire sur le papier la trackliste finale, le résultat semble être à la hauteur de ses attentes, une sorte de « Illmatic » (Nas) ou de « Criminal » (Scientifik) version 2008, tant les invités sont prestigieux. Reste plus qu’à écouter et à juger cette impressionnante formation sur ces 13 pistes. 

Cette année est une étape importante pour Termanology, le but principal étant de confirmer avec un plus large public qu’il est capable de jouer dans la cour des grands. L’heure est venue, introduit instrumentalement par ce pionnier qu’est Easy Mo Bee, qui encore faut-il le rappeler est l’architecte majeur du « Ready To Die » de Notorious BIG. La communauté porto ricaine soutient bien évidemment ce jeune borricua qui la représente et qui se considère comme la relève de cet héritage légué par Big Pun. Il demande à être respecté pour ce qu’il est, pour son habilité à débiter des vers à la pelle, pour être « le last real lyricist alive », c’est en gros ce qu’il nous explique via « Respect My Walk » sur la mollassonne prod de Buckwild qui nous maintient éveillés grâce à sa trompette. Association sulfureuse avec un malfaiteur en provenance du QB, Prodigy et Term plongent dans un Hip Hop sombre et obscure à l’image des quartiers d’ou ils viennent. De la « Hood Shit » qui met la pression, bien instauré par un Alchemist fidèle à lui même. Le premier extrait officiel « How We Rock » est un étrange et mystérieux morceau non conventionnel encore frappé par la touche de DJ Premier. Une sauce pesante dont on a l’habitude de sa part et sur laquelle on retrouve Bun B et sa lourde voix.

Ce qui est principalement dommage avec cet album c’est qu’au final le résultat ne sonne pas assez street, pas assez naturel, tout semble forcé (cf. « In The Streets » comparé à son invité Lil Fame qui lui défonce le tout en toute aisance comme souvent), tout semble calculé comme s’il voulait rendre le contenu plus sûr en travaillant et polissant trop ses premières inspirations que lui apportent les beats. Et il ne s’en cache pas puisqu’à propos de « Watch How It Go Down », il disait clairement en interview qu’il avait pris beaucoup de temps avant de trouver les lyrics qui pourraient assurer le niveau. La pari est réussi pour celle-ci (le titre est dors et déjà classique), mais sur les autres pistes, Termanology manque tristement de charisme. Là où sa fluidité et ses punchlines faisaient mouche en collant à merveille sous un format plus léger, lorsqu’il s’agit d’un projet plus carré au niveau plus relevé, il semble avoir plus de difficultés à s’aligner face aux prods et à ses invités. Sans incriminer totalement son travail, et encore moins l’album qui reste un bon produit recommandable, on reste sur notre faim, nous, pauvres auditeurs qui en attendaient sûrement trop de lui. Les paroles consciencieuses de « We Kill’ Ourselves » produit par Pete Rock n’y changeront rien.

En fait, celui qui se révèle le plus ici c’est Nottz. Son nom est encore trop inconnu d’un large public, mais il a déjà produit pour les plus gros artistes médiatiques. Le producteur de Virginie, dont le talent a notamment séduit Dr. Dre, sort ses vieux vinyls de Soul pour apporter ce doux parfum enivrant dont raffole et colle le mieux à la vibe de Termanology. On retrouve cette atmosphère sur le planant « Float » qui se veut hymne à la fumette, une track un peu moins réussie pour les ladies avec « Please Don’t Go », mais surtout l’un des morceaux phares, l’impressionnant et menaçant « Drugs, Crime & Gorillaz » sur laquelle Sheek Louch et Freeway enfoncent profondément leurs crocs sur le beat. Termanology confirme tout le bien qu’on pensait de lui pour sa facilité à délivrer ses storytellings en y ajoutant une touche humoristique et quelques références, comme sur « So Amazing », une fois de plus béni par la marque de DJ Premier et ses scratchs. Il se distingue aussi des autres rappeurs par sa capacité à adapter son flow pour n’importe quel beat, de passer de morceaux street à des titres plus profonds, introspectifs (« Sorry I Lied To You » produit par Large Pro).

On a donc affaire à un bon album, mais qui n’a au final de classique que sa trackliste. Sa volonté de bien faire n’a pas vraiment jouer en sa faveur, on regrette peut-être aussi au final qu’il n’y ait pas eu derrière la prod la présence de son pote Statik Selektah qui a prouvé sa forme actuelle au lieu de choisir des grands noms comme Havoc (« The Chosen ») qui semble lui avoir fourni des fonds de tiroir, au lieu de véritables hits comme on aurait été en droit de s’attendre. Termanology ne se distinguera pas plus que ça après ce bon album, il parait pour l’instant rester au statut de rookie qui tente en vain de percer le mur qui le sépare d’une plus grosse reconnaissance. Il va falloir changer de plan pour ce franco-portoricain qui a pour but de devenir un modèle pour les kids.


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