Ice Cube – Raw Footage (2008)

27 08 2008

Dans le quartier de South Central les rues recommençaient à trembler en 2006 en retrouvant le flow rageur de son plus prolifique poulain Ice Cube. 6 ans qu’on attendait ça. Son retour en force en a surpris plus d’un tellement on le pensait trop occupé à jouer la comédie dans des films de plus en plus loufoques. Mais même convertis en boy in Hollywood l’appelle de la musique reste un élément prioritaire de sa carrière. Il a su se mettre à jour et suivre la tendance des productions South tout en l’adoptant à sa nature provocatrice. Une renaissance sous fond de gros bangers, signée Lil Jon ou Scott Storch, épaulé de fidèles acolytes tel Snoop Dogg, WC (dont il a sorti l’album l’année dernière sous son propre label) ou Kokane avec lequel ils nous rappellent que la westcoast peut encore compter sur de solides piliers pour la représenter avec honneur. Avec l’art de toujours trouver la formule inquiétante pour intituler un de ses projets il revenait avec autorité sur « Laugh Now, Cry Later » et démontrait ainsi à tous que le vaccin contre la rage n’avait pas eu de résultat sur lui. Un nouvel album du charismatique Nigga With Attitude reste et restera un évènement quoi qu’il arrive, mais une fois l’effervescence du come-back escompté le projet suivant aura nettement moins de buzz, d’autant plus s’il est commercialisé dans la même période que celui de The Game. C’est sous ce climat incertain et trop flou que l’on découvre « Raw Footage » (Lench Mob Records), huitième long métrage de ce vétéran né avec les sourcils froncés.Cette voix d’intro vous dit quelque chose ? Si vous regarder les films en V.O vous aurez reconnu le ton de Keith David, acteur (Platoon, Barbershop,…) et doubleur de nombreux dessins animés. Il nous avait déjà prévenus d’une menace pour le monde avec la Westside Connection, il revient ici encore plus sombre pour nous définir le phrasé d’Ice Cube équivalent à une éruption de gaz et de cendres chaudes, ou scientifiquement parlant à un flow pyroclastique. Le mercure est bouillant, Haroun Tazieff en aurait fait des cauchemars, oui, mais voila l’alerte nous paraît être un vilain canular lorsque s’en suit le douteux « I Got My Locs On » en featuring avec Young Jeezy qui lui fait plus dans la neige carbonique. La fusion des deux styles n’est pas la réaction explosive que l’on peut croire, mais juste une petite vibration agitée qui n’inquiètera pas grand monde. Un étonnement soudain nous saute à l’esprit et l’on se demande s’il ne serait pas dans une passe entièrement sudiste, quitte à remanier sa vitesse pour coller à la cadence (comme c’est le cas sur ce premier titre produit par pNo). Que Nenni ! Il nous cloue le bec juste après avec le terrible « It Take A Nation ». Beat bestial d’Émile sur lequel Ice Cube s’en donne à coeur joie de pousser un egotrip relatif à ses anciens faits d’armes via quelques punchlines: The only rapper who wanna fist fight the President! , You scared of the government they scared of me, I got King Kong in my trunk, King Kong in my doors / My nuts play ping-pong from the noise, allant même se comparer à la huitième merveille du monde. Défenseur de bonnes causes, il faut encore moins le chauffer lorsqu’on s’attaque au Gangsta Rap, lui qui en est l’un des plus vieux représentants. « Gangsta Rap Made Me Do It » est l’un des morceaux phare de l’année 2008, non pas sur le plan ‘physique’ car la prod. de Maestro est plus que simpliste, mais plus sur la nature du message lâché. Ice Cube défend son beefsteak et ne laissera personne, surtout pas les médias dire du mal de ce mouvement, car ils ne savent pas de quoi ils parlent. Dans la continuité, « Thank God » et sa superbe réalisation de Da Beatsmith signe le retour triomphant (« All smiles when I’m comin' »). Les années passent, mais il reste équivalent à lui même sans oublier ou renier les valeurs qui l’ont guidé jusqu’ici. Le message est passé et validé par l’auditorat!

Politiquement incorrect, l’Oncle Sam ne ressuscitera pas tant qu’il sera dans le circuit. Sa mentalité de quartier (« Hood Mentality ») transpire encore de ses textes bruts, transposant avec finesse sa vision obscure sur la société (« Cold Places »), toutes deux produites par Da Beatsmith. « Raw Footage » est extrêmement homogène, on baigne quasiment dans le même esprit de bout en bout, mais le problème vient principalement des productions qui sont trop édulcorées qui l’enlise totalement (« Here He Come » », « Get Money, Spend Money, No Money »). De plus, il nous sert par moment un travail trop facile, sans grande ambition comme « Do You Thang » ou se servant intensivement de son égo pour construire des morceaux, comme « Jack N The Box ». Quelques points noirs donc qui seront heureusement percés par des titres un peu plus percutants tel « Tomorrow », dont la production de Baby Dubb ressemble un peu à du DJ Quik new génération (Cf Trauma), ou encore le clubber « Get Use To It » » avec WC et The Game. Un avant goût, moins gangsta que l’on aurait cru, de ce à quoi l’on doit s’attendre pour le prochain album de la Westside Connection, car je le rappelle pour les retardataires, mais The Game serait sur le point de remplacer Mack 10 dans le trio. Ce n’est pas la brutalité textuelle ou la provocation hargneuse qui nous était promis, mais l’on a tout de même le droit de s’émerveiller devant sa capacité de réaliser des chansons poignantes et réfléchies à l’image du très smooth « Why Me? » accompagné par Musiq Soulchild. Butch Cassidy est de la partie! Cet autre crooner que l’on voudrait entendre plus souvent vient poser sa laid back attitude sur « Take Me Away ». On garde le meilleur pour la fin, lorsqu’il dépose sur le classique « Be Thankful For What You Got » de William DeVaughn l’un des meilleurs morceaux de l’album (« Stand Tall »), avec une morale qui se renforce évidemment sous ce fond d’orgue d’église qu’est partis repêcher DJ Crazy Toones & Dizmix.

Que l’on soit ou pas un admirateur de longue date, la déception reste tout de même un sentiment prépondérant lorsqu’on écoute cette nouvelle petite livraison d’un des meilleurs rappeurs au monde. Contrairement à ce qu’il nous raconte, le gouvernement américain ne doit plus trop trembler face à ses propos devenus clairement moins intenses. Avec une discographie irréprochable, le manque de punch de « Raw Footage » et le manque d’inspiration de son auteur ne laisseront guère beaucoup de séquelles au public. Il ferait même presque tâche dans sa carrière, alors qu’il reste néanmoins un album convenable et surtout qu’il fait partis des albums les plus intéressants à écouter en ce moment…


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