Lil’ Wayne – Tha Carter III (2008)

28 06 2008

Par où commencer…. il y a tellement à dire lorsqu’on évoque le cas Lil’ Wayne. Au premier abord ce qui saute immédiatement à l’esprit c’est cette improbable ascension qu’a connu au fil des années le rappeur des Cash Money. Les médias et l’univers musical voisinant le Hip Hop en sont devenu totalement boulimique. À un point qu’on peut, dors et déjà deviner sa présence sur le prochain projet de tel ou tel rappeur. On a beau l’apprécier, ou pas, cette surexploitation en devient étouffante pour tous. D’un autre côté, de fil en aiguille, c’est avec ce procédé qu’il a réussi à Lil’ Wayniser la planète. Une apogée qu’il concrétise le 10 juin 2008 en sortant le très attendu dernier chapitre de la trilogie des Carter. Comme à son habitude une flopée de mixtape (plus ou moins officielles) à vu le jour avant l’album, laissant transparaître quelques inédits qui seront en fin de compte utilisés sur le EP intitulé « The Leak » et qui n’a fait qu’augmenter un buzz déjà trop bien bâti. EP d’ailleurs disponible en bonus avec cet album. « Remember Me » qu’il disait à 16 ans sur ‘Tha Block Is Hot’…
Avec « Tha Carter II » Weezy nous avait clairement surpris, la non-présence à la production de Mannie Fresh suite à son départ a laissé paraître une nouvelle aire pour le rappeur. Toujours sudiste dans l’âme, un peu moins au niveau des sonorités, il joue désormais sur tous les tableaux sur lesquels il adapte et pose aisément son flow parlé en y ajoutant son grain de folie habituelle; cri, variation de ton, chuchotement, pousser la chansonnette… Toujours pas de Mannie Fresh donc ici, et pas de Birdman non plus. Sa personnalité et son style ont pris du poids, et les proportions ne sont pas près de régresser à la vue du succès. C’est une des clefs, mais aussi l’un des arguments des nombreux détracteurs, se multipliant aussi vite que ses albums vendus, qui voit en lui un rappeur, qui sur joue, qui en fait trop (le Ben Arfa du Hip-Hop?), une ‘folie micrologique’ pas naturelle (au contraire d’un Ol’ Dirty Bastard par exemple). Peu importe Lil’ Wayne est trop haut pour se soucier de ce que pense ‘les autres’, sur son nuage baptisé Best Rapper Alive il compte bien déverser son excentricité à sa guise. Ne vous laissez pas attendrir pas la pochette de « Tha Carter III », vous vous êtes déjà fait avoir par le passé avec Nas et Biggie, derrière un visage juvénile se cache bien souvent un album peu ordinaire, il se pourrait ici que la sensation se répète. Avec tout ce remue-ménage difficile de garder la tête froide et de juger l’album à sa juste valeur, essayons d’aller voir de plus près ce qu’il en ressort.

Si le ton est donné dès le départ avec le détonnant « 3 Peat », intro élogieuse qui met les points sur les i avec ses haters, le gros phénomène déclencheur est un tube d’une dimension dont on avait pas vu depuis longtemps. Faire bouger les foules et atterrir numéro 1 de pratiquement tous les Billboard US sur des textes d’une flagrante simplicité, mais avec un sujet chaud comme la b®aise, encore fallait-il avoir les ingrédients pour y arriver. Très bien servie par un tempo à la fois planant, attachant et transcendant (produit par Deezle et Jim Jonsin) Lil Wayne utilise de nouveau l’Auto Tunes pour faire de l’effet et est accompagné au refrain par le regretté Static Major, concepteur par le passé de nombreux autres tubes R&B mais qui cette fois-ci n’aura pas eu la chance de voir le succès débarqué. Vous l’aurez deviné le sulfureux « Lollipop » risque pour certain au premier abord de paraître difficile d’accès par son style peu conventionnel, mais si vous vous immergé dans l’ambiance vous serez forcément embarqué dans la mouvance d’un morceau qu’on risque d’entendre tout l’été. On reste dans cette continuité de vouloir faire bouger des culs et des têtes sur les dancefloor avec « Got Money » ou cette fois-ci rendons a T-pain ce qui appartient à Troutman, sa Talk Box enfin son Auto-Tunes bref appelez ça comme vous voulez l’effet est quasiment similaire. Pour en revenir au morceau il s’agit tout simplement d’un banger bling bling (prod. Play-n-Skillz), similaire au « Make It Rain » auquel il avait participé, bordé de grosse grosse basse et qui sent le fric à plein nez, un son qui aurait pu être sponsorisé par Redbull.

Outre ce côté d’entertainneur qu’on peut facilement lui décerner, Lil Wayne est comme dit précédemment passé à autre chose depuis Tha Carter II, il a évolué au niveau des collaborations, des producteurs, de la diversité de ses albums et pourquoi changer une recette qui marche. Un vendu diront certains fans de la vraie époque Cash Money, une ouverture d’esprit diront d’autres. Juelz Santana, Fabolous et Lil Wayne réunis autour d’un pur produit d’Alchemist (« Nothin’ On Me »), l’association est étonnante à un point qu’on a l’impression d’avoir extrait ce titre d’une mixtape. Quoi qu’il en soit C3, pour être hype appelé le ainsi, reste tout aussi éclectique que son prédécesseur avec sont lot de balade R&Bisé à sa façon: Dans l’ordre de nos préférences on retient « Tie My Hand », l’alchimie avec Robin Thicke prend une fois de plus et l’on redécouvre un Lil Wayne aux paroles sensées lorsqu’il évoque le drame de l’ouragan Katrina sur un couplet frappant:

« They try tell me keep my eyes open My whole city underwater, some people still floatin’ And they wonder why black people still voting ‘Cause your president still choking Take away the football team, the basketball team And all we got is me to represent New Orleans, shit No governor, no help from the mayor Just a steady beating heart and a wish and a prayer « 

Dans la même catégorie on retrouve « Mrs. Officer » avec Bobby Valentino et « Confortable » avec le vétéran Babyface. Dans la première Wayne nous raconte ses aventures, ses envies d’avoir une relation poussée avec une officière de police, alors que sur la seconde il se la joue plus romantique sur une boucle excellemment bien servie par Kanye West, qui semble avoir été repêché dans ses même anciens vinyles des Main Ingredient pour ce sample. Un Carter peu en cacher un autre, Jigga vient apporter sa science et montrer qui est le patron sur « Mr. Carter ». C’est exactement le type de son vers lequel s’oriente volontiers et avec aisance Lil Wayne, une ambiance Roc-A-Fella se dégage de la somptueuse production d’Andrews Correa et DJ Infamous. Tellement admiratif du travail réalisé sur celle-ci que les rumeurs pensaient y trouver derrière un Just Blaze ou un Kanye West. Une réunion au sommet qui n’a pas manqué ses promesses, mettez de côté les déceptions que vous auriez pu avoir avec « Hello Brooklyn 2.0 », il s’agit sans nul doute de la best track de l’album.

Capable du meilleur comme du pire, dans l’hétérogénéité de ce volume III on va justement y retrouver ces deux facettes. Comment ne pas être perturbé par le second single « A Milli » qui de surprenant se transforme rapidement en insupportable. Non pas que la production de Bangladesh soit trop répétitive…, les grosses basses détraqueraient pas mal de pacemakers à moins que ce soit le carnage fait dessus par Lil Wayne qui vous détruit en premier. On pourrait en dire de même sur « Let The Beat Build » qui tourne vite en rond malgré néanmoins la boucle efficace de Kanye West ou encore de « La La » sur un rythme enfantin avec Busta Rhymes et Brisco qui manque d’un petit quelque chose pour relever le tout. Quelques déceptions peu envoûtantes vite oubliées via des morceaux comme « Don’t Get It », et son sample de Nina Simone repris quelques mois plus tôt par Common, ou Lil Wayne se fait porte-parole des gens du Ghetto, mais aussi avec « Dr. Carter », où il se met dans la peau d’un médecin qui tente de venir au secours du Hip-Hop. Un titre au thème original qui montre l’esprit créatif que Weezy peut avoir quand il le souhaite. La superbe production jazzy est signée Swizz Beatz, mais qui ne s’est vraiment pas foulée puisqu’il reprend tel quel l’instrumentale « The Smile » de David Axelrod, piste que les joueurs de GTA connaissent bien. La montée en puissance consolide certains de ses morceaux; sur « Playin’ With Fire » sorti tout droit de l’enfer avec Betty Wright et sur « Shoot Me Down » liée à l’apaisante voix de D.Smith il nous embarque dans une ambiance western des temps modernes où la fin paraît forcément tragique.

Bien que ce ne soit probablement pas le meilleur album que va voir naître l’année 2008, un classique? Encore moins, mais il est clair qu’un tel phénomène autour d’un album Hip Hop ne se reproduira pas avant des années. L’album reste donc pour l’heure actuelle incontournable et marquera son temps même s’il ne fait pas l’unanimité. L’extraterrestre Lil’ Wayne a une fois de plus frappé l’Amérique (« Phone Home »), jusqu’où va-t-il s’arrêter?


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