The Game – L.A.X. (2008)

31 05 2008

Sur l’arbre généalogique du Hip Hop, The Game appartient à la branche descendante des N.W.A. Il fait partie de cette génération bercée et élevée dans le bain des provocations de ces pionniers qui ont mis le monde sens dessus dessous avec leur rap de gangster. La côte californienne cherchait depuis quelque temps déjà un héritier digne de ce nom qui pourrait faire revivre sa réputation. Sous l’aile protectrice de l’intouchable Dr. Dre et de 50 Cent (alors en pleine jouissance médiatique) les premiers pas de The Game avec « The Documentary » l’ont immédiatement désigné et propulsé comme l’incarnation du renouveau de la scène Westcoast. S’en ai suivi de multiples évènements dont je passerais les détails, car tout le monde les connaît et on en a déjà parlé indéfiniment sur rap2k. Mais son deuxième solo intitulé « Doctor’s Advocate » était encore plus attendu dans le sens où sans l’aide des deux artistes précédemment cités The Game allait-il pouvoir s’en sortir et achever un nouvel album ravageur? Dès les premières notes, le public a été fixé; avec ses collaborateurs, son talent et son envie de croquer le monde il a fait fermer les bouches de tous ces détracteurs. Le nouveau millénaire est frappé de son sceau ‘bloodien ‘, la ou avec le temps certain s’enlise ou dégringole lui ressurgit encore plus fort en déclarant toujours autant son amour pour le Hip Hop, son quartier et ses légendes. Que pourrait bien nous apporter un autre album de The Game si ce n’est du plaisir et une confirmation de plus de sa suprématie dans son domaine . L’annonce faite au réveillon de l’an dernier semble nous diriger vers une autre attente insoupçonnable : « L.A.X. » serait selon ses affirmations son troisième et dernier album. Une retraite définitive voulue, sans possibilité de come-back à la Jay-Z, pour rattraper le temps, être plus présent au sein de sa famille et s’occuper plus amplement de son label Black Wall Street. Entre nous, qui est choqué par cette annonce? Cela paraît tellement gros, tout lui réussit si bien qu’on a vraiment du mal à y croire! On verra bien ce qu’il nous réservera à l’avenir, pour le moment dégustons ce énième volet qu’il nous propose, et qui sonne donc comme la bande-annonce de la cérémonie de clôture d’une carrière courte et incroyable (comme celle de ces idoles).

Autant couper court tout de suite les rumeurs, Dr. Dre n’a aucunement contribué à la moindre production de cet album, ou en tout cas pour les morceaux du tracklisting final puisqu’il parait que le rappeur a enregistré et bouclé plus de 220 morceaux avant de faire un choix définitif, on est donc pas à l’abri de découvrir plus tard quelques leftovers travaillés par le patron d’Aftermath. En revanche, vous pourrez entre apercevoir sa voix sur le refrain du très sombre et old school de « House of Pain » (prod. DJ Toomp) aligné à celle de Tracy Nelson. Sinon tout le reste du gratin habituel est là pour consolider de plus belle les lyrics de The Game et lui délivrer des tubes tout faits. J.R. Rottem en tête de file: Le white docteur Dre lui a composé de nouvelles mélodies pianistiques avec un zest d’ambiance californienne pour qu’il puisse replanter le décor dès le début sur « LAX Files ». L’état d’urgence est déclenché lorsqu’il s’accorde avec un refrain d’Ice Cube, « California ain’t a state it’s a army! » spit l’ancien N.W.A. Deux générations se croisent, mais l’esprit reste le même, décrire sous un soleil de plomb le mode de vie mouvementée des bas fonds de Los Angeles reste le fer de lance de la région. Si Ice Cube et Mack 10 sont toujours en froid, l’acteur et producteur des films Friday ou Barbershop aurait fait une proposition à The Game histoire de compléter avec WC le trio de la Westside Connection pour un éventuel nouveau projet. Aucune réponse n’a encore été dévoilée à ce jour, mais cette nouvelle ferait bien entendu l’effet d’une bombe lorsqu’on connaît la force de frappe de ce combo.

Généreux, peut être un peu trop, L.AX. est la porte ouverte aux collaborations en tout genre. Cependant si un sentiment de machine à tubes se dégageait auparavant, à l’écoute de cette livraison, là on a simplement plus l’impression d’assister à l’écoute de bons morceaux, en osmose avec les invités, sans préoccupation aucune pour des airplays en masse. The Game se fait plaisir, côtoyant des rappeurs cultes qu’il admirait avant d’être lui-même reconnu, des voix R&B du moment ou affichant encore une teinte plus Nu Soul à quelques titres. D’ailleurs, c’est ce que certains pourront lui reprocher; un manque d’homogénéité, trop de featurings, et un manque de titres percutants. Pour contre parer cette éventualité, un morceau à lui seul fait la différence. Le brûlant « Dope Boys », avec à la batterie le génial déjanté Travis Barker (des Blink 182), mettra tout le monde d’accord. Produit par 1500 or Nothin’ additionné aux mains de DJ Quik, on détient la une révolution musicale en une piste ou Rock, Hip Hop et sons électroniques s’associent adéquatement pour cette crack music. Les dealers ou les chasseurs de dragons sont parmi tant d’autres des thèmes qui l’inspirent ou qu’il a côtoyés dans cette vie menée dans la cité des anges, le dope boys vend désormais sa came en compact disque. Qui dit vente dit argent: Benjamin Franklin est le politicien le plus apprécié des rappeurs, tous idolâtre ces petits bouts de papier vert qui change votre vie et The Game ne manque pas non plus de faire l’éloge du dollar via « Money ». Des dollars et non des centimes,« I’m About The Dollar, Fifty Cent ain’t real », je vous laisse interpréter sa phrase…. Bien ambiancé par les Cool & Dre, cette track confirme une fois de plus le dicton « Cash rules everything around me… ». Dr. Dre l’a rendu riche comme il le déclare, mais sa vie n’a pas toujours été une partie de plaisir et le moral pas toujours au beau fixe. Si son duo avec Lil Wayne cartonne autant, c’est d’une part grâce à la réunion des deux rappeurs les plus explosifs de l’année, mais d’autre part parce qu’ils abordent un sujet sensible qu’est le suicide. On se rappelle en France de l’indémodable « Nirvana » du Doc Gynéco qui en parlait avec adoration et qui avait failli être interdit de diffusion radio. Dans « My Life » The Game l’aborde d’une manière plus déprimante en se remémorant cette période sombre et dépressive de son existence.

Retour aux sources avec « Never Can Say Goodbye »: Encore inconnu et simple citoyen de Compton, The Game a décidé de prendre en main son destin lors d’un séjour à l’hôpital après une fusillade qui a failli avoir raison de lui. Fana de Hip Hop il décide alors s’initier lui même à cet art beaucoup moins risquer en imitant ces idoles que sont 2Pac, Biggie et Eazy-E. Partis beaucoup trop tôt, déçu de ne pas avoir pu les côtoyer depuis son éclosion, il leur rend ici un bel hommage, malgré un refrain pas des plus inspirés de LaToya Williams, en mettant en scène leur tragique disparition. Le titre le plus fort, celui qui dégage un sentiment émotif indéniable, est cette combinaison soulful avec Nas sur « Letter to the King » produite par Hi-Tek. Le God’s son se remet à peine de la médiatisation de son album Nigger, ou plutôt Untitled, qu’il continue de mener son travail de mémoire et d’hommage à ceux qui ont permis de faire évoluer la situation sociale des Afro-Américains. The Game et Nas apportent ensemble un discours élogieux en hommage à une famille emblématique dans le combat pour les droits civiques: la famille King. Avec bien sûr Martin Luther King Jr., mais aussi à sa femme Coretta décédée en 2006, sa fille Yolanda disparue l’année dernière, et tous ses descendants qui luttent toujours et maintiennent ainsi vivant le rêve mené par leur paternel.

Si l’on ressent globalement une forte maturité dans la conception de l’album, l’on perçoit par contre encore son petit pêché mignon que sont les name dropping et les références à d’autres artistes. C’est son terrain de jeu, sa petite touche personnelle qui pour certains est synonyme de faiblesse lyricale, pour d’autres juste un effet de style. La ou les auditeurs se mettront sur la même longueur d’onde, c’est que The Game reste un inconditionnel d’album blockbuster, ne lésinant pas sur les moyens pour faire appelle à qui il souhaite tant du côté des featurings qu’à la production. Et ce « L.A.X. » ne déroge pas à la règle, les titres à tendance R&B/Nu Soul défilent avec les vedettes appropriées. ‘So Fresh So Clean’! à côté de Ne-Yo, il se transforme en lover afin de servir comme elle se doit la gente féminine, une affaire de gentleman en outre (« Gentleman’s Affair ». Tout comme avec Raheem Devaughn qui rentre ici dans la cour des grands avec « Touchdown » et déploie sur un sample de Curtis Mayfield toute la sagesse qu’il a en lui depuis ses débuts. Keyshia Cole donne le ‘la’ sur le single « Game’s Pain », marque d’affection et de reconnaissance envers les belles années passées qu’à connu le Hip Hop et ses activistes qui l’ont consolidé. Sur « Let us Live » on entend la délicieuse Chrisette Michele, produite par un Scott Storch en demi-teinte The Game parle une nouvelle fois de son quartier, mais d’un aspect plus réfléchi, à la manière d’un Nasir Jones, dont l’usurpation momentanée du flow saute aux oreilles. Enfin, pour conclure cet élan ‘Rythme & Bluesé’ le trop rare Bilal est aussi de la partie et fait rayonner sa voix sur une production de Nottz (« Cali Sunshine »). Des choix variés et judicieux, avec un résultat que chacun appréciera plus ou moins à sa guise, mais qui témoigne tout simplement son attirance pour ceux qui font de la bonne musique.

Son nom nous était encore inconnu il y a 4 ans, mais une bonne étoile a voulu qu’il soit désormais tout en haut de l’affiche pour remettre au goût du jour la Westcoast à chacune de ses apparitions. Pas besoin de prier Dieu tous les jours pour que ça continue ainsi, maintenant on le fait pour lui. Et c’est DMX aka l’homme qui passe au moins une fois par mois en prison qui, comme sur ses propres solos, lâche en intro et outre une instance religieuse. The Game délivre un parfum californien certes sans son essence habituelle de G-Funk mais avec des dépôts sonores de ci de la comme sur « Ya Heard » (samplant le classique « Jam On It »), ou Ludacris fait son grand retour en y lâchant un couplet. Un autre rappeur, dont on ne s’attendait pas voir apparaître à ses côtés, fait parler la poudre via « Bulletproof Diaries » produite par le savant fou Jelly Roll. Le Chef, le Shaolin Raekwon, récemment naturalisé à Aftermath, nous donne un avant-goût des rimes venimeuses qu’il spittera sur une suite trop attendue de « Only Built 4 Cuban Linx II ». Pour finir en beauté, cerise sur le gâteau, une association ensoleillée avec un child de la Chi-City qui n’a de commun que son blaze et qui pose une fois n’est pas coutume sur une production de Kanye West samplant du Gil Scott Heron. Common & The Game, « Angel », « Spread your wings, follow your dreams », un message qui combine idéalement avec la réussite incroyable de Game dans le Hip Hop.


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