Emmanuel Jal – WARchild (2008)

23 05 2008

Nathalie Sarraute laissait transparaître dans son roman « l’Enfance » que cette partie de la vie est une période où l’homme est pur et que celui-ci s’approche du monde de façon naturelle sans être influencé par la culture et par la réflexion. Chez l’enfant, c’est la sensibilité qui prime, on comprend donc facilement alors que quelconques événements non adaptés à cette humanité si jeune puissent choquer, briser, transformer trop rapidement l’enfance d’un homme. L’espoir d’avoir une enfance somme toute normale à, pour Emmanuel Jal, disparu lorsqu’il avait environ 6 ans. Pourquoi environ? Parce qu’il ne sait pas quand il est né, il ne sait donc pas exactement son âge. 
Sa vie a, très tôt, été une suite d’horreurs inimaginables pour le commun des Occidentaux. Natif du Soudan, terre africaine déchirée par la guerre, il est enlevé de sa maison familiale en 1987 pour se battre aux côtés de l’armée rebelle (SPLA) dans la guerre civile sanglante de son pays. Juste après avoir perdu sa mère, Emmanuel devient pendant 5 ans un enfant guerrier jeté dans la bataille avec un AK-47 plus grand que lui. Avec son deuxième album « Warchild » il compte bien, avant tout, soulager ses peines et les douleurs de cette longue période de sa vie, mais espère bien sûr aussi soulever une conscience mondiale et tourner les regards vers ses atrocités toujours d’actualité.

Enraciné dans le passé invraisemblable de l’artiste, les 13 morceaux nous plonge au fin fond du sujet avec une efficacité et une authenticité comme on en rarement vu « Shadow of Death ». Mêlant anglais et sa langue tribale Nuer, Emmanuel Jal a déjà fait ses preuves en 2005 avec son premier opus « Gua » qui a fait résonner sa voix sur toute l’Afrique via la BBC. Mais s’il a pu s’éloigner de toute cette misère et avoir un parcours musical s’est avant grâce à une personne, Emma McCune, employée humanitaire britannique qui l’a fait entré clandestinement dans Nairobi (capital du Kenya) pour lui permettre d’avoir une nouvelle vie. Décédé depuis, il ne manque de rendre un hommage éternel à « l’ange » qui l’a sauvé sur le très touchant « Emma ».

Enregistré entre 2006 et 2007, « Warchild » est à la fois un journal intime retraçant le chemin d’un début de vie impensable, mais aussi un livre musical plein d’espoir pour l’avenir. D’ailleurs, il pourrait se plaindre, avoir un regard plus dur envers sa patrie soudanaise, il préfère lui prouver encore sa fidélité ainsi que son amour sur « Stronger ». Le tout est mixé et réalisé par Neal Pogue (qui a déjà travaillé avec Outkast, Stevie Wonder, Talib Kweli…) et majoritairement coécrit par l’anglais Roachie. L’ambiance est tapissée de sonorité qu’on pourrait qualifier d’améfricain, du Hip-Hop ressourcé de mélodies et de percussions africaines, par exemple sur le dépaysant et envoûtant « Hai ».

Un message fort envers l’humanité, un appel à l’unité, à la paix ou même parfois le souhait que certains représentants mondiaux soient de meilleurs modèles pour les jeunes. C’est qu’il espère du rappeur 50 Cent, dans la chanson du même nom, en le suppliant de donner une meilleure image via le pouvoir médiatique qu’il représente. Vous avez été ému par les merveilleuses chansons de Corneilles, vous ne vous remettez toujours pas de la richesse de l’album de Baloji, alors Emmanuel Jal séduira forcément votre coeur avec « Warchild », un disque touchant, forcément sincère, racontant l’histoire d’un homme de la Terre-Mère, comparable à celle de millions d’autres qui n’ont eux malheureusement pas la chance de s’exprimer.

« I Believe i’ve survived for a reason to tell my story to touch lives »


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