Bun B – II Trill (2008)

16 05 2008

Les meilleurs partent les premiers et ça s’est, malheureusement, une fois de plus, vérifié en ce début d’année 2008 avec la disparition de Chad « Pimp C » Butler. Et lorsque ce n’est pas la violence des rues qui déchire l’histoire du Hip-Hop, c’est d’autres aléas qui s’emparent des rappeurs. Pour Pimp C, son dernier Drank (cocktail mélangeant sirop pour la toux à base de codéine, alcool, weed, héroïne ou ecstasy) dans un hôtel californien lui aura été fatal. On imagine bien sûr l’immense douleur qu’à pu ressentir son partenaire et avant tout ami Bun B en apprenant cette triste nouvelle, eux les inséparables Underground Kings qui depuis la fin des années 80 représentent fièrement leur Sud et ont contribué à son émergence. Solidaire ils l’ont toujours été, étonnant d’ailleurs dans ce milieu qui nous habitue pourtant de plus en plus à voir des rappeurs se tirer verbalement dessus à la moindre occasion. L’égoïsme brutal de quitter le groupe pour une carrière en solo, le succès facile, signer sur un grand label parce qu’il est le plus hype du moment n’avaient aucune richesse à leurs yeux face à leur unité et à leur bon vouloir de contrôler entièrement leur carrière. UGK et authenticité ne font qu’un.

Lorsque Pimp C connu sa condamnation en 2002, Bun B devient alors seul maître du navire. Le futur des UGK se joue entre ses mains, et pour continuer de raviver la flamme il va mettre en place tout un mouvement de soutien « Free Pimp C » dont la plupart des rappeurs sudistes adhèrent assez logiquement. Tout ce beau monde se mobilise et roule derrière Bun B dans sa démarche. Chose qui ne sera pas négligeable pour lui lorsqu’en 2005 avec Rap-A-Lot il signe « Trill », premier album solo aux multiples collaborations, hautement salué par la critique et qui devient rapidement disque d’or. Le nom des UGK résonne alors encore dans toutes les bouches, Bun B a réussi son pari. Deux ans après la libération de son compère, ils signent ensemble leur dernier et déjà classique double album « Underground Kingz ». L’histoire aurait pu repartir de plus belle, mais le destin en a décidé autrement… C’est donc une fois de plus séparé, et cette fois-ci définitivement, de son acolyte que Bun B débarque dans les bacs avec comme seul objectif continuer son chemin rapologique avec l’ombre bienveillante de Pimp C qui plane et planera toujours au dessus de lui.

L’univers solo de Bun B pointe plus son nez dans des sonorités diverses à contrario des albums des UGK qui nous faisaient vibrer les oreilles à base de sample Soul/Blues sudiste, berceau musical dans lequel ils ont grandi. Sur « II Trill » on retrouve de tout, ça a ses avantages et ses inconvénients, mais le gros point fort de Bernard (oui c’est son prénom) c’est que quelque soit la prod. il est capable de lâcher des textes d’une rare puissance. Avec le sample de la sulfureuse voix junky de Janis Joplin, « Get Cha Issue » est l’une des tracks les plus fortes lorsqu’il s’attaque et exprime sa rage envers les leaders religieux, le gouvernement à propos de la guerre en Irak, du dernier scandale avec le sénateur Larry Craig ou bien dénonçant la violence policière, tout en ayant encore en tête l’histoire tragique du jeune Sean Bell. Bun B prêche la bonne parole et la voix de Junior Reid résonne comme le cri de désespoir de millions personnes sur « If It Was Up II Me » qui dénoncent les problèmes financiers dans l’éducation ou encore la question des ghettos laissés à l’abandon par l’État.

Le premier single est « That’s Gangsta », une combinaison avec Sean Kingston (le nouveau monsieur featuring?), produit par son mentor J.R. Rotem. Un tube qui flambe par sa basse, la boucle de piano, les percussions synthétiques classiques de J.R. et la voix atypique du chanteur aux origines jamaïcaines lors du refrain. Trop mainstream? Où est le roi de l’underground dans tout ça ? Détrompez-vous le morceau reste lourd, au message clair, et idéal en période estivale même s’il semble bien calibré pour les radios. Prochain single? « Damn I’m Cold » produit par CHOPS qui nous replonge de plus belle dans la chaleur texane et où l’on retrouve devinez qui derrière le micro?… Lil Wayne, qui revient une fois de plus faire des siennes avant de lâcher son Carter III. Dans les sons de clubber « I Luv That » aura une place de choix. En découvrant un son électrisant comme celui-là on se demande de suite qui se cache derrière les commandes, surtout que le style nous semble familier… Tiens Scott Storch est de retour! Ça faisait un moment qu’on entendait plus parler de lui, surtout depuis l’embrouille avec Timbaland qui a toute la presse a ses genoux.

Comme le premier volume, une grosse partie des invités proviennent des régions du sud, avec des collaborations plus ou moins palpitantes: Jazze Pha, Juvenile, Webbie, le king du ghetto Z-Ro et J. Prince le Boss de Rap-A-Lot qui introduisent l’album, les protégés MDDL FNGZ et Cobe sur « Another Soldier » façonné par DJ Khalil. Mais l’énorme bombe de l’album est un hymne dors et déjà mythique qui s’en va par le nom de « You’re Everything ». Produit par Mr. Lee la terre semble trembler à la lecture du morceau où chacun leur tour Bun B, Rick Ross, David Banner, 8Ball & MJG nous montrent leur amour pour leur patrie sudiste, avec au refrain un sample des Jodeci où l’on perçoit la frissonnante voix de K-Ci. Si l’originalité est parfois un gage de qualité, on a par moment du mal à comprendre l’orientation de track comme « Swang On’ Em » tout droit sorti d’un cirque dont la prod d’Enigma agace rapidement malgré un bon couplet de Lupe Fiasco. C’est cette mixité des styles qui nuit principalement à ses deux albums solos, non pas qu’ils soient mauvais au contraire, mais un ensemble plus homogène nous ferait plus plongé dans un projet personnel au lieu d’une sorte de compile invitant le who’s who du dirty south. La starlette de la Motown Mya est également de la partie pour un tube électro funky (« Good II Me ») dont on comprend tout de suite la dimension lorsqu’on distingue derrière un très net sample des S.O.S. Band.

L’album est remplit on s’en serait douté_ de clins d’oeil, d’hommages émouvant envers Pimp C. Les sentiments sont d’autant plus ressentis que les morceaux ont été enregistrés durant cette période noire, hormis « Underground Thang » qui s’annonce être comme la toute dernière track studio des UGK avec en featuring Chamillionaire. Le planant down tempo « Angel In The Sky » est entièrement consacré a Pimp C et en dit long sur la relation des deux rappeurs. La mort fait toujours réfléchir, surtout lorsqu’on perd un proche, la conscience subit un choc émotionnel qui lui fait percevoir les choses d’une autre façon. Pour Bun B l’heure semble être à la repentance, comme il le laisse transparaître dans ses lignes sur « If I Die II Night » avec Young Buck et un refrain de Lyfe Jennings. Se confesser de son passé, voir comment ça aurait évolué s’il avait fait tel ou tel acte de telle ou telle manière, le vétéran est en pleine réflexion. En fin de compte, c’est avec un triomphal « Keep It 100 » qu’il clôture l’album en beauté. Véritable exutoire dans lequel il se lâche et met les points sur les i en démontrant que tant qu’il sera présent il continuera haut et fort à représenter l’étendard des UGK. Bun B nous laisse penser qu’il a encore beaucoup, beaucoup de choses à dire, à suivre avec son « Trill O.G. »…


Actions

Information

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :