Prodigy – H.N.I.C Pt.2 (2008)

7 05 2008

Pour beaucoup l’inquiétude et le défaitisme semblaient être de vigueur au sujet de l’avenir rapologique de Prodigy; ses problèmes de santé, sa signature chez G-Unit Records, sa récente condamnation à purger 3 ans derrière les barreaux, ses multiples faits divers et propos polémiques ont été le point d’orgue de cette mise à mort de l’artiste alors même qu’il n’était pas rentré dans l’arène. C’est clair l’époque Infamous des Mobb Deep n’est plus ce qu’elle était, mais au travers de sa mixtape officielle Return of The Mac, combinée au travail de l’unique producteur Alchemist, Prodigy a démontré qu’il continuait de marché sur les traces d’un rap gangstérisé insalubre. Tout ceci n’était, selon l’intéressé, qu’un léger échauffement avant de succomber aux pistes carboniques de cette fameuse et tant attendu suite au classique qu’est H.N.I.C. Tombé pour possession d’armes, il était clair qu’après s’être écarté momentanément et sans discorde avec l’unité des gorilles Pee aurait dû mal à continuer de flirter avec une major, c’est donc sous le petit et indépendant label Voxonic Records qu’ H.N.I.C. Pt. 2 voit le jour.
Dévoilé goutte à goutte sur internet, les morceaux de ce second solo gardent tous leurs charmes et leurs authenticités sur toute la longueur, nous berçant dans ses frasques grimey avec un flow certes anesthésié avec le temps par la morphine, mais aux mots qui font toujours mouche à chaque phrase. « ABC » est rapidement révélé dans nos enceintes et sur youtube avec un clip movie inquiétant, nous faisant plonger dans le côté tueur psychopathe qui règne dans son esprit. Le refrain pitché avec ses voix d’enfants et la production angoissante à base de synthé crée par les Sid Roams accentue le côté horrorcore des paroles de Prodigy. Une facette dont on n’était pas habitué venant de sa part, mais un moyen efficace pour exorciser ses démons, ou la rage qu’il porte envers certains rappeurs qui n’ont aucune crédibilité. Ces corny rappeurs comme il dit, il a d’ailleurs pu en toucher deux mots à la presse en les critiquant à tout va, chose qui n’est forcément pas passée inaperçue et qui a fait couler de l’encre; déballage de printemps venant du cœur avant la prison, pétage de plomb ou simple astuce inspirée par 50 Cent pour faire la promotion de son album?… A vous de choisir, mais une chose est sûr ces rancœurs ne sont pas totalement anodines.

L’ambiance est glauque, même violente, ces rimes qui froissaient par le passé nous y avaient déjà préparés, mais le cap de l’horrorcore est franchis sur ce disque et surtout au niveau des productions d’Alchemist et des Sid Roams qui s’imposent comme les principaux architectes de cet album. Aussi froid que les murs d’une morgue, on compte désormais sur les doigts d’une main les mélodieuses boucles nostalgiques. Bien entendu lorsqu’un texte comme celui de « Veterans Memorial Pt. 2 » voit le jour il va de soit qu’un sample Soul et quelques violons sont indispensable pour vivre son story telling, chose qu’ Alchemist a admirablement réussie une fois de plus. D’autant plus que ce morceau est le plus touchant de l’opus; narrant et se rappelant comme si c’était hier des derniers jours du respecté et frère d’Havoc, Killah Black (décédé en 98) qui avait retiré tout seul une balle restée logée dans sa tête alors que les médecins n’osaient pas par prudence, ou encore de l’éducation et des aventures plutôt spéciales qu’il a vécu avec son père, qu’il qualifiait de « noir fou », avant que celui-ci ne soit rattrapé par son destin.

La vie est un jeu d’échec, semé de complications et d’embûches durant sa traversé, ne soyez donc pas étonné d’en voir ressortir de sa bouche des phrases aux paysages chaotiques et infernaux. Les douleurs du passé ressurgissent, son avenir en prison envenime sa haine, tandis qu’en ce moment son esprit s’allie avec la paranoïa pour y voir des complots, des conspirations (pas toujours très claire) et des menaçants un peu partout (« Power Is People », « Illuminati »). Molasson? certes H.N.I.C. Pt. 2 est beaucoup moins éclectique et semble même anesthésié comparé à son précédent chapitre, n’y voyez pas là un gage de médiocrité. Des productions manquent peut-être de vitamine (« 3 Stacks »), mais vous aurez toujours et encore besoin d’un karcher pour décrasser l’insalubrité spitté par Prodigy (« Young Veterans »). La grosse voix de Big Twins crépite sur le voluptueux « Cick Clack », Big Noyd retourne à l’état sauvage sur « It’s Nothing », alors que le protégé Un Pacino s’affirme timidement en côtoyant les Mobb pour un « I Want You » pas plus inspiré que ça.

Pee a beau être derrière les barreaux ses paroles se prolifèrent toujours dans les ghettos de New-York avec une certaine influence (« New Yitty »). Et elle peut maintenant grâce à la technologie du label Voxonic se transmettre dans de nombreux dialectes sans déformer sa voix… enfin pour le moment on a seulement un remix version espagnol de « ABC » sur cet album, chose qui à l’écoute semble déjà à la limite du supportable et qui nous renvois à la question Pourquoi?! N’aurait-il pas été mieux de mettre des titres comme « My World Is Empty Without You »ou encore « Sold My Soul »? Peu importe en fait, on a enfin pu avoir une suite, plus que convenable de surcroît, à son premier album solo et c’est bien la l’essentiel. Sa réputation reste la même, sa personnalité fascine toujours, plus rien à perdre, un genou à terre, mais pas mort, Prodigy déblatèrera, jusqu’à son dernier souffle malgré les médisants.


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