Snoop Dogg – Ego Trippin’ (2008)

12 03 2008

Il était temps que les amateurs de rap Westcoast acceptent une fois pour toute que Snoop Dogg ne concevra jamais un Doggystyle bis (ni une suite à son dernier classique certifié Tha Last Meal), la mode du G Funk appartient au siècle dernier même si des irréductibles la font perdurer (même dans nos contrées du Val II Marne). Mais Snoop n’a pas attendu l’avis des conservateurs pour poursuivre son évolution artistique, il avait d’ailleurs scandalisé son fidèle public avec R&G The Masterpiece en 2004. Pour Ego Trippin’, le rappeur de Long Beach tenait absolument – au départ – à réaliser un album sans aucun invité, très personnel, produit uniquement par The Neptunes et sur lequel il pourrait faire trembler sa luette comme il le sentait. Une démarche audacieuse carrément à l’opposé d’un Tha Blue Carpet Treatment featuring la côte ouest au complet plus des grands noms rap/r&b en tout genre, artistes et producteurs confondus. À l’arrivée, le résultat n’a rien à voir avec ce qui était convenu : Quatre artistes se sont greffés à ce projet supervisé par QDT Muzik…QDT ? l’acronyme de Quik/Dogg/Teddy, plus précisément un trio formé de Snoop, l’illustre producteur Westcoast DJ Quik et Teddy Riley, la légende urbaine qui a inventé le New Jack à la fin des années 80 et produit Dangerous de Michael Jackson.

Après écoute des 21 pistes, aussi différentes les unes que les autres, il fallait une analyse complète et précise de cette œuvre surprenante point de vue créatif. Pour cela, le westcoastler Bobby Milk et moi-même, défenseur d’un Hip Hop progressif, allons confronter nos avis titre par titre à travers nos descriptions. 

—–
Press Play
Bobby_Milk: Kurupt introduit ce morceau, ça démarre à peine que j’me dis déjà qu’on a affaire à la tuerie de l’album. Il la sort d’où cette production de malade DJ Quik? Il nous rappelle toujours – malgré sa discrétion – qu’il reste un génie. Sample du magnifique « Voyage to Atlantis » des Isley Brothers, une valeur sûre auquel il a rajouté quelques cuivres, noyé une guitare électrique et crédité les vocalises d’une charmante chanteuse qu’on retrouvait déjà sur « Promise I » de R&G. Juste magnifique!
Sagittarius: Gros son en effet. C’est plaisant d’entendre Kurupt faire des ad-libs par-ci par-là. La prod de DJ Quik est vraiment énorme. C’est sa tournée avec Diddy qui l’a inspiré pour le titre?

SD Is Out
BM: Ça fait plaisir de retrouver Teddy Riley en studio surtout pour travailler avec Snoop Dogg. On remarque qu’il n’a pas perdu la main: le vocoder est toujours de sortie, ambiance laid-back, petite mélodie crescendo, et des vocalises de Charlie Wilson dont on a de plus en plus l’habitude de voir apparaître aux côtés de Snoop. Le morceau vous plonge dans une autre dimension, tant bien même qu’il semble reprendre le même fond de basse qu’un certain « Drop It Like It’s Hot » qu’avait produit ses poulains des Neptunes.
Sagi: Je m’étais fait la même comparaison avec le tube des Neptunes. Les basses étouffées bien bounce, un claquement de doigts (cette fois), un flow posé quoique monocorde… Le mélange de Teddy au talk-box et la voix de Charlie Wilson au refrain, c’est du bonheur.

Gangsta Like Me
B_M: De retour avec Teddy Riley aux commandes derrière un titre très étonnant. Un morceau folklo mélangeant tout et n’importe quoi, et qui devient vite irritant. Difficile de s’y accrocher tout au long de ses 4min26. Limite seul le solo de Jamie Foxx vers la fin fait ressortir un intérêt à l’écouter.
Sagi: Tiens je savais pas que c’était Jamie Foxx à la fin, je viens de m’en apercevoir dans les crédits. Sinon le beat est assez novateur, on reconnaît clairement le style de TR, avec de discrets gémissements féminins en fond. Suggestif à fond, mélodie accrocheuse, Snoop chantonne au refrain, un égotrip sympa pour toutes les biatch en gros.

Neva Have 2 Worry
B_M: Morceau confession où Snoop Dogg parle de tout son parcours jusqu’à aujourd’hui, la star mondiale qu’il est devenu (« Out the hood to be a big star » comme dirait Uncle Chucc sur le refrain). Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le titre Ego Trippin’ prend tout son sens ici car il n’y va pas de main morte sur les autocongratulations. Mais en même temps comment le lui reprocher et surtout qui peut se vanter d’avoir une carrière, une réputation toujours aussi solide malgré les années passées. Snoop Dogg reste bien le Boss dans le monde du Hip Hop quoi qu’on en dise.
Sagi: Je co-signe les propos de Bobby. Même si la carrière de Snoop n’a pas toujours été glorieuse et s’il a commis des écarts aux yeux de son public, il demeure depuis quinze la figure de proue de la Westcoast. Le morceau reflète pas mal de nostalgie et le refrain d’Uncle Chucc renforce cette impression. Bonne prod de Scoop DeVille.

Sexual Eruption
B_M: Touchant à tout Snoop Dogg rend hommage à travers ce morceau à la musique des années 70, au Funk et aux légendes que sont Zapp & Roger Troutman. Avec utilisation de la fameuse talk box, Snoop nous plonge de plus bel dans son univers de Pimp pour un single sexuellement sensuel. Shawty Redd lui livre un tube tout fait dont on est pas prêt d’oublier.
Sagi : Plus j’écoute ce single, plus je le kiffe. Brillant hommage à la funk des 80s, une track néorétro du meilleur effet, en plus j’adore le clip kitsch à mort ! J’étais aussi stupéfait de voir des mecs dire qu’il faisait du talk-box comme T-Pain. Cultivez-vous les gars, Roger Troutman en était le précurseur et Teddy Riley en fait depuis très longtemps. La prod de Shawty Red est très bien réalisée, Snoop Dogg s’en sort avec les honneurs, notamment grâce à son flow inédit sur le couplet final. Chapeau bas.

Life Of Da Party
B_M: And everybody’s celebratin’…. voilà comment on pourra résumer ce morceau. Le déjanté Mistah Fab et le plus gros pimp de l’histoire j’ai nommé Too $hort viennent épauler Snoop Dogg dans son devoir de divertir et ambiancer la foule le temps d’une soirée bien arrosée.
Sagi: Pas vraiment la gangsta party annoncée mais ce second single officiel passe sans mal. Je pense qu’il est primordial de souligner le choix de ces deux personnalités de la Bay Area : le pionnier Too Short et la jeune génération représentée par Mistah FAB.

Waste Of Time
B_M: Snoop a ce pouvoir de refaire venir les immenses artistes trop discrets. Sur le Blue Carpet, D’Angelo avait succombé sachant que Dr Dre était derrière la prod, cette fois-ci c’est la délicate voix de Raphael Saadiq qu’on peut admirer sur cette chanson de lover appréciable mais assez simpliste dans son ensemble.
Sagi: Prestation assez décevante de la part de Raphael Saadiq, ça manque de magie pour ma part. C’est lui qui produit aussi le morceau, donc je suis doublement déçu. Snoop montre sa facette fleur bleue sur les bords qui m’horripile un peu, même s’il parle d’un sujet d’adulte, celui des couples en crise.

Cool
B_M: Ghoooostbuster! Oups! Non cette fois-ci Teddy Riley et Snoop Dogg ont sortis le grand jeu en samplant le groupe The Time qui ont fait vibrer la planète Funk dans les années 80 avec ce titre du même nom.
Sagi : Wow, c’est Prince? Ah non, une reprise de Time datant de 81, écrit et produit par Prince… Je me disais bien car la rythmique et le synthé, c’est du Nain Pourpre tout craché, fidèlement reproduits par Teddy Riley. Très sympa comme reprise, ce morceau est absolument terrible, dancefloor et festif !

Sets Up
B_M: Aye Pépito!! Oula décidemment… Il aurait été étonnant de ne plus voir les Neptunes ou la simple présence de Pharell sur un de ses albums. Ne vous fiez pas à son rythme lent, le morceau sent la rue à plein nez. Snoop vous invite a représenter votre quartier avec fierté comme il lui l’a toujours fait avec le sien. Un des meilleurs morceaux de l’album.
Sagi : Moi-même groupie des Neptunes jusqu’à la moelle, je dois avouer que cet instru de Pharrell est des plus basiques. OK, le refrain est catchy, le synthé sort un peu de l’ordinaire, mais le beat… pas de quoi s’enflammer, c’est du déjà-vu, un arrière-goût de « Beautiful » dans une version street. J’ai nettement préféré ses prods pour Blue Carpet par exemple.

Deez Hollywood Nights
B_M: Dans un délire sonore à la Jackson 5, Snoop parle avec humour de ses folles nuits hollywoodiennes. Morceau qui devient vite soûlant et qui m’a pas plus emballé que ça.
Sagi: Petit délire funky agrémenté de quelques miaulements (…), avec une boucle de piano bien exploitée par Nottz. Il y a un petit côté vintage 70s dans ce titre, ce qui fait le charme de ce trip dans le Hollywood by night.

Whateva U Do
B_M: Un peu de mal à la cerner cette track. La production futuriste de Khao est pas mal et on se laisse porter par le message de Snoop Dogg, même si ce qu’il raconte n’est pas vraiment intéressant.
Sagi: j’ai pas réussi à écouter ce morceau en entier au début, ou alors sans y faire attention. Futuriste, pourquoi pas, mais les claviers p-funk font assez 80s à mon sens auditif. En fait, ce morceau est réussi dans la mesure où l’hybridation rap/funk néorétro est savamment dosé, même s’il est moins cool que « Sexual Eruption« .

Staxxx In My Jeans
B_M: On repasse (enfin) à du lourd! Rick Rock était le seul à pouvoir sortir un son de cette envergure. On a affaire à une sorte de version Hyphy de la bande originale du film Saw.
Sagi: un pur produit de la Bay Area produit par Rick Rock, avec un refrain à la screwed and chopped efficace. Snoop Dogg réalise une excellente performance sur cette track, en abordant chaque couplet avec un flow différent.

Been Around Tha World
B_M: Conçu par lui même sous son blaze Niggaracci et aidé par Terrace Martin, le côté lover et romantique du Dogg revient sur le devant de ce morceau.
Sagi: Je pensais que c’était du Teddy Riley la prod au début à cause de ces claviers p-funk encore, je me trompais. Je constate dès lors Snoop alias Niggaracci s’est amélioré à la production, ça n’a rien à voir avec son Big Squeeze complètement foireux. Pis oui, le Snoop romantique me convient bien aussi. Il dédie ce morceau à sa femme, avec qui il a divorcé en 2004 puis s’est remis avec, enfin bref, ce sont ses histoires.

Let It Out
B_M: Un air oriental ce dégage ici histoire de planer à ses vantardises sous les effets de la weed.
Sagi: De retour avec Teddy Riley aux manettes et au talk-box, et ça fait plaisir. C’est original comme son, les influences sont difficiles à discerner. Petit défaut à déplorer mais rien de grave : le morceau dure moins de 3min.

My Medecine
B_M: Snoop Dogg qui fait un morceau country on aurait jamais pu y croire… Sur cet exercice de style totalement inédit et rendant hommage au célèbre Johnny Cash, le résultat est plutôt satisfaisant. Servi par Everlast, la fumette est le sujet de conversation prépondérant.
Sagi: Après la reprise d’un classique du P-Funk, un hommage à Johnny Cash. Snoop en mode country, ça swingue grave ! Manque plus que le déguisement de cowboy qui va avec…

Ridin’ In My Chevy
B_M: Une piste bien vénère pour les sideshows, les rides sauvages… rien d’autre à ajouter.
Sagi: Snoop qui fait de la trap music, ça me fait dire une onomatopée : beurk.

Those Gurlz
B_M: Attention! Combinaison de luxe Teddy Riley/DJ Quik sur cette chanson. Résultat soulful et harmonieux à souhait, la tchatche de Snoop Dogg assure le reste.
Sagi: J’aime beaucoup le sample de voix, la mélodie de piano,… Mon petit coup de coeur.

One Chance (Make It Good)
B_M: Encore plus forte que la précédente, le charme de cette chanson se réalise grâce au terrible sample de Prince Phillip Mitchell utilisé par Frequency. Encore un morceau romantique, le genre qui lui va comme un gant même si son côté pimp en prend un coup.
Sagi: C’est clairement le genre de morceau smooth et entraînant que j’apprécie. Snoop joue les crooners sur ce morceau charismatique.

Why Did You Leave Me
B_M: Non ce n’est pas encore AKon sur ce son, ouf! M’enfin si ce n’est pas une imitation ça doit être son frère jumeau car Chilly Chill à la même voix de canard. Produit par Polow Da Don encore une mielleuse track R&bisée peu envoûtante.
Sagi: Ouch… c’est quoi ce sample celtique très laid? Pour le thème, c’est encore pire que « Waste of Time« … J’appuie sur la touche ‘fast forward’.

Can’t Say Goodbye
B_M: Le Gap Band est dans la place, Charlie Wilson se charge une fois de plus de jouer le refrain. La ressemblance avec un certain « Change » de Tupac mérite d’être mentionné, le même style de morceau nostalgique et sincère dans lequel Snoop raconte gros qu’il n’est pas prêt d’oublier d’où il vient, son ghetto, ses amis,…
Sagi : une magnifique chanson pour terminer l’album (plus ou moins) en beauté. Et justement, la comparaison avec « Change » de 2Pac est indéniable.

——

Chaque album de Snoop Dogg décrit une évolution artistique et le franchissement d’une étape dans sa carrière, mais Ego Trippin’ marque définitivement une progression nette allant bien au-delà du carcan rap habituel. La première écoute est déroutante, les suivantes permettent au fur et à mesure de rentrer dans son délire perso, puisque c’est le sujet de cet album. En moyennant l’avis de Bobby et le mien, mis à part des divergences tout à fait négligeables, nous somme d’accord sur le fait que l’innovation est le point fort de ce 9e album d’un Snoop ni gangsta, ni pimp, celui d’un genre nouveau. Teddy Riley et DJ Quik ont tous deux été exemplaires à la réalisation d’Ego Trippin’, en créant une sorte d’hybride ultramoderne et vintage à la fois entre rap et p-funk, avec un coup de country par-ci, des morceaux Hyphy par-là… Les refractaires qui n’apprécient pas ce Snoop Dogg funky n’ont qu’à se réécouter ses anciens disques.

Chronique en collaboration avec Sagittarius.


Actions

Information

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :