Public Enemy – How You Sell Soul… (2007)

7 02 2008

Cela fait 20 ans qu’ils font brûler l’étendard du Hip Hop à travers le monde. Jamais épuisé, jamais égalé, les années passent mais ne croyez pas pour autant qu’ils ont de l’arthrite aux mains (dur de tenir le micro), la langue sèche ou autres signes de vieillesse qui ferait du plus grand groupe de Hip Hop des préretraités complètement gagas. A respectivement 47 et 48 ans, Chuck D et Flavor Flav n’ont pas changé leur fusil d’épaule, leurs convictions sont intactes, leurs textes perturbateurs bien conservés, leurs regards restent pertinents, critiques et perpétuent donc encore la sulfureuse réputation qui a toujours collé au groupe. Public Enemy, que ce soit pour un ancien ou pour un tout récent auditeur de cette musique, cela évoque forcément quelque chose. Le ressenti n’est sûrement pas de la même force entre les générations, ce qui se comprend mais reste regrettable, mais le simple fait qu’ils ne laissent pas indifférent prouve l’efficacité et la force de leur combat passé. Rarement un groupe aura autant influencé, mais leurs héritages n’est pas prêt d’être légué vu la longévité et la persévérance des deux MC’s. Yo! Bum Rush the Show voyait le jour sous la houlette de Rick Rubin il y a deux décennies de cela, How You Sell Soul to a Soulless People Who Sold Their Soul??? prend en 2007 la relève des puissants coups de gueule et continue ainsi d’écrire l’histoire des prophètes de la rage. Enfouie parmi la multitude des albums sortis l’année dernière, il fallait être énormément vigilent pour découvrir ce nouvel album dans les bacs en France début Février 2008. Et pourtant en l’écoutant on se demande encore comment il a fait pour passé si inaperçu que ça. Certes de nos jours le Hip Hop a pris une telle dimension qu’on en viendrait presque à totalement oublier ces old timers ou du moins à les mettre de côté et privilégier ainsi les choses plus ‘récentes’. Faut dire aussi que leur dernière métamorphose n’a pas convaincu, le New Whirl Odor nous laissait fortement penser que le groupe avait perdu sa touche et son intensité, tandis que le Rebirth Of A Nation nous relançait sur ce probable grand retour des Public Enemy… en mode Westcoast avec Paris. Pour s’imprégner instrumentalement d’un univers riche et si adéquate à leur façon de faire, le crew a rassemblé l’une des pièces maîtresse du succès d’antan. Gary G-Wiz, qui a contribué à leur carrière au sein du célèbre collectif The Bomb Squad, est de retour aux manettes !!! 5 ans après le Revolverlution, c’est principalement par son biais que l’on retrouve ici avec plaisir une étincelante énergie, des gros riffs de guitares, des cuivres donnant des frissons et des beats ahurissants, assourdissants mais jamais abrutissants. Avec How You Sell Soul…, le PE new génération s’est enfin trouvé et a réussi à raviver la flamme en évoluant dans le bon sens cette fois. Non ce n’est pas un pauvre album nostalgiquement old school qu’ils nous font, certains ingrédients le sentent et on en est ravis, mais c’est bel et bien un pur album 2007 tout simplement pimenté à la sauce Public Enemy.

Comment avoir encore et toujours de l’inspiration au bout du 11ème album? Il suffit juste de se poser les bonnes questions, de persévérer en parlant de problèmes importants qui ont eux aussi été épargnés par le temps. « Sex, Drugs and Violence », qui voit la présence du légendaire KRS One, ou encore « Amerikan Gangster » ne sont pas des titres auxquels ils nous ont habitué auparavant, mais devant l’importance et l’incompréhensible fascination du Hip Hop pour ces thèmes, il fallait bien que des rappeurs de cette pointure s’en mêlent et s’interrogent sur le phénomène. L’album est profond et d’une puissance incroyable. Vous qui cherchiez un morceau comme réveil matin, je vous propose l’incroyable « Black is Back » avec Khari Wynn (the baNNed) à la guitare, une réadaptation du tube ‘Back In Black’ des hard rockeur ACDC mais également un bel hommage au style des Run-DMC. Pour l’anecdote, comme il l’est écrit dans le livret, il existait une version avec un couplet de DMC mais comme souvent dans la musique, pour on ne sait quelle véritable raison de droit ou autres, celle-ci n’a jamais été révélé. On enchaîne avec « Harder Than You Think », le titre le plus réussi de l’album où Chuck retrouve toute la noblesse de sa lettre, D comme Dangerous pour des couplets tout aussi catégoriques, et dans laquelle Flavor Flav nous la refait à l’ancienne en lâchant ses ‘Public Enemy Number One’ à tout va.

« Can You Hear Me Now »!!!, sans même lire qui se cache derrière la production on reconnaît aisément la touche du funk doc Redman, d’ailleurs il se fait entendre en arrière plan en lâchant quelques backs. Si Flavor Flav n’est pas devenu bossu malgré la lourdeur de l’horloge qu’il continue de porter autour du cou, il n’en a pas perdu non plus son sens de l’humour, son côté délirant et ses bouts de phrases qu’il aime répéter, en témoigne « Bridge of Pain », « Flavor Man » et « Col-Leepin » que l’on retrouvait déjà sur son album solo éponyme de 2006. Des ennemis publics, ils continueront de l’être pour les gouvernements en place tant qu’ils seront dans le circuit. Le viseur pointé sur la négligence et les manigances des hauts placés, Chuck D et Flavor Flav aka la voix du peuple prennent position et font pression avec des textes assidus contre la guerre par exemple comme sur « The Enemy Battle Hymn Of The Public » ou « Eve Of Destruction ». L’album est en majorité teinté d’une couche de Soul d’une rare qualité, « See Something, Say Something » ou encore « Escapism » (un hommage au parrain James Brown), mais aussi d’une grosse couche Rock voir Métal comme sur « Frankenstar ».

La saga Public Enemy c’est un film à part entière et pour ceux qui n’aurait pas tout suivi, la chronologie est rétablie sur l’excellent « Long and Whining Road ». Le DVD fournis est tout aussi riche: retour sur leur comeback de 98 avec Professor Griff, Terminator X et les S1W, des vidéos de leur PE20 Tour58 qui célébrait leur 20 ans de carrière avec notamment leur passage en France, divers lives, une multitudes de clips, et bien d’autres encore. Même si l’âge d’or semble être derrière eux, l’aventure ne fait que continuer…


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