Cunninlynguists – Dirty Acres (2007)

22 12 2007

« They say hip-hop is dead, assassinated by niggas
But on the charts I read all the hits was by niggas »

C’est l’une des phrases marquantes que l’on peux retenir du discours, du testament récité par Big Rube au début de ce nouvel album des CunninLynguists. Grandement inspiré et bercé par la Dungeon Family, il semblait presque naturel que ce pilier soit l’hôte d’ouverture de ce quatrième album intitulé Dirty Acres. Après avoir fait chavirer le coeur de nombreux auditeurs et consolider leur réputation avec A Piece Of Strange (APOS pour abréger), Kno, Deacon et Natti n’ont guère perdu de temps pour dévoiler une suite à ce chef d’oeuvre. La stratégie est identique, Kno aux commandes des productions, Deacon et Natti au micro. Rien ne change sauf que comme on peut le distinguer lors de l’écoute Kno, qui n’avait alors sortie qu’un maigre couplet sur APOS, revient un peu plus souvent avec un flow bien plus mature qu’à l’époque. Il faut dire que leur évolution est flagrante, bientôt sept ans que le duo de base Kno/Deacon est dans le rap game et en quatre albums dans l’underground, ils ont su à chaque fois se renouveler sans dénaturer quoi que ce soit à leur univers. Une évolution saluée unanimement et qui se perçoit une fois de plus sur Dirty Acres.

La touche mélodieuse qui fait le sceau du groupe prend une telle proportion ici qu’on a l’impression d’être à l’écoute d’un album d’ambiance. Kno fouine toujours les disquaires avec de bon samples à la clef, mais il travaille aussi désormais bien plus souvent avec de vrais musiciens, et se permet ainsi qu’exploiter et de mieux maîtriser certains horizons sonores. Une chance pour les deux rappeurs, qui ont d’ailleurs la voix et une manière de poser quasi identique, de consolider leurs textes. Fidèles à leurs racines, à leur terre, à leur sud natal, ils ne manquent pas une fois de plus de faire l’éloge de cette région qui a connu et connaît encore tant de polémiques, notamment à cause de fortes tensions raciales et des actes du Ku Klux Klan. On a dû mal à y penser mais oui ça existe encore de nos jours. Le puissant « KKKY » (pour « KKK Why? ») vient représenter le bastion des rappeurs, Lexington et le Kentucky (KY), mais aussi dénoncer justement cette organisation qui crée tant de problèmes et donne plus qu’une image négative de cette partie de l’Amérique. Pour information, à l’intérieur du livret vous retrouverez une photo bien significative de leur revendication où l’on semble percevoir tomber à terre un homme vêtu comme un membre KKK à côté de leur symbole. Le spirituel « Georgia », état si cher à Kno, est également mis à l’honneur ici. Il ne manque donc pas ici de rendre un bel hommage à cette région, comme Ray Charles avait pu le faire à sa manière par le passé (et Ludacris en le samplant).

De tout temps, les États-unis (ainsi que de nombreux pays) ont été un lieu de bataille, de violence, de ségrégation, d’esclavagisme. Un territoire volé et conquis où le sang a longtemps coulé et est venu abreuver la Terre durant de longues années. C’est le mot d’ordre et l’idée que l’on retrouve derrière l’album Dirty Acres, d’où le bruit de pelle entendu au début comme pour déterrer le passé oublié hypocritement par beaucoup des habitants d’aujourd’hui. Le merveilleux « Valley of Death » est dans la continuité de cette vision, chanson dotée d’une mélodie envoûtante qui vient prendre son apogée à la fin par les choeurs gospels. Lorsqu’il s’agit de nous faire planer avec ses productions, Kno a toujours la bonne recette, écoutez « Wonderful » pour vous en rendre compte. Un beat soyeux composé de xylophone, piano, violon et petite batterie en douceur, ajouté à ça une voix pitchée et la crême Devin The Dude vient se joindre à cette track pimpo-romantique. Après Cee-Lo, Immortal Technique, les CunninLynguists font donc appel à ce cher Devin The Dude mais aussi à leur pote Sheisty Khrist sur « Gun », le jazzman Chizuko Yoshihiro pour le zen et laid back « The Park », ou encore à Phonte (Little Brother) et Witchdoctor sur le tout aussi apaisant « Yellow Line ». D’autres invités talentueux de styles différents qui montrent bien que leur musique est universelle et plaît à bon nombres.

Sur cet album, l’humour et l’ironie d’antan ont plus été mis de côté pour laisser place et parler de sujets sensibles ou flâner au rythme du romantisme comme sur « Mexico ». Certains seront légèrement déçu de ce changement et y verront que leur maturité a définitivement pris la place de leur brin de folie juvenile. Mais qu’on ne s’y méprenne pas, les paroles solides et ambitieuses sont toujours d’actualité comme sur « Things I Dream » ainsi que cette atmosphère nostalgique, cette teinture musicale si merveilleuse qu’on retrouve sur chacun de leurs albums. Comme à leur habitude, les Cunninlynguists sortent ici assurément l’un des albums marquants de l’année.


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