Cunninlynguists – Southernunderground (2004)

6 12 2007

2003, l’alerte est lancée chez tous les disquaires! Une bombe venant du Kentucky aurait été éparpillée et déposée dans les bacs à travers tout le pays. Sa puissance n’est pas encore déterminée mais les experts sont unanimes pour affirmer qu’elle a de très grandes chances d’être énorme. En effet Deacon The Villain et DJ Kno, qui deux ans auparavant avaient fait le même coup avec le surpuissant Will Rap For Food, reviennent avec cette fois ci en renfort Mr SOS, l’expert des Battles. Afin de mieux connaître les dommages que cela pourrait créer, nous allons donc examiner un à un les éléments composant ce missile baptisé Southernunderground.

Kno se charge comme toujours de la quasi totalité des productions et commence à sortir ses mélodies soulfuls dès l’introduction purement instrumentale, pour nous mettre dans cet esprit positif et nostalgique qui colle au groupe Cunninlynguists. Les trois acteurs débarquant de ce Sud si décrié enchaînent avec deux hymnes, « Souhernunderground » (produit par Domingo) et « The South » (avec sa flûte traversière obsédante reprise à Jethro Trull), dans lesquels ils nous font une petite présentation de la région, et de leur façon de vivre du Kentucky jusqu’à la Floride. Deux pistes d’écoutées et déjà deux déflagrations qui font forte impression à nos tympans, où l’on découvre des MCs à la technique solide, au flow fluide, et dont on perçoit aisément leur amusement à s’échanger leurs rimes. Et durant toute cette galette, il en est ainsi : les différents timbres de voix des rappeurs s’adaptent idéalement avec les beats harmonieux et délicats de Kno, auxquels ils ajoutent tantôt quelques scratches pimentés. Mais le leader du groupe n’est pas seulement producteur, il lui arrive bien souvent de passer derrière le micro et de lâcher ses propres lignes comme par exemple sur l’hilarant « Old School », qui ‘retrace tout en humour la vraie époque Old School du Hip Hop’, ou encore sur le non moins extraordinaire et déjanté « Falling Down » qui parle de leurs désillusions amoureuses ou professionnelles, s’achèvant enfin par leurs imaginaires et tentantes folies vengeresses. Chaque scène étant saupoudrée par une ambiance bien accordée à la situation, ça va sans dire qu’à la fin des trois histoires, ça part dans tous les sens jusqu’à l’hystérie.

Des thèmes abordés avec un intérêt bien senti, des constructions de chansons plus originales les unes que les autres, on pourrait aussi par exemple entendre quelques versets sur l’état de la planète avec « Doin’ Alright », ou bien encore se plonger dans le constat apocalyptique du territoire américain et les manipulations du gouvernement Bush sur « Dying Nation ». Les invités font également fortes sensations, et amènent de l’ampleur à Southernunderground. On pourra notamment entendre le fondateur du label QN5, l’incontrôlable Tonedeff pour le philosophique « Love Ain’t », mais aussi Supastition et Cashmere the PRO qui contredisent avec Deacon et SOS les médisants sur l’efficacité et la puissance de l’Underground. Si vous avez été touchés par le touchant solo très personnel de Mr. SOS sur « Rain » (et sa boucle à la Elton John), vous serez d’autant plus émus en écoutant le nostalgique « Season » (produit par RJD2), dans laquelle on retrouve le vétéran Masta Ace avec les Cunninlynguists pour faire le point historique du Hip Hop en 4 saisons, de l’époque Old School à l’époque des Hits Radio (avec au refrain un sample de Lauryn Hill et des Outkast).

Kno a gagné en maturité et à la fâcheuse tendance à nous combler avec ses productions géniales pleines d’émotions et d’enthousiasme, trouvant toujours la boucle, la voix samplée/pitchée idéale pour nous embarquer dans leur univers musicale si riche. Et avec Deacon, ils nous lâchent en studio des textes finement hachés où l’ironie, le sarcasme, la critique et l’humour cohabitent bien souvent, sans parler de Mr. SOS qui vient les épauler tout le long et qui avec son instinct de freestyleur a une aisance certaine à sortir ses rimes percutantes. Les Cunninlynguists, les nouveaux ambassadeurs du boom-bap sudiste comme on aime les présenter, est un groupe complet qui avec cet album passe un cran au dessus et confirme tout le bien qu’on pensait d’eux depuis Will Rap For Food. Quoi de mieux que de finir sur un long instrumental (‘War), digne d’un western où vient se poser un féroce scratch de Prodigy extrait du culte « Survival Of The Fittest », magnifique…

Co-écrit avec Totototo


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