Immortal Technique – Revolutionary Vol.2

27 11 2007

Lorsqu’on décide de faire du Hip Hop engagé, mieux vaut ne pas s’orienter dans une major, surtout de nos jours. Celle-ci pourrait effectivement vous mettre sur la touche si quelque chose la gênait et que vous ne lui obéissez pas à sa guise. Immortal Technique l’a compris et malgré les nombreuses propositions, dû au succès underground de son premier album Revolutionary Vol.1, il n’a jamais cédé à la tentation, préférant faire ses revendications en toute liberté sous sa propre structure : Viper Records (affiliée au distributeur Nature Sounds). Le rappeur latino n’a plus rien à prouver, mais toujours à la recherche de plus d’oreilles qui pourraient être subjuguées à l’entente de ses discours, il continue sa révolution pour notre plus grand plaisir avec un deuxième volume.La rage au micro, Immortal Technique délivre toujours ses missiles verbaux à l’encontre de tout ce système qui pourrit, appauvrit, corrompt, détruit le monde d’aujourd’hui. Imparable technicien de la métaphore, I.T. est bien plus qu’un de ces backpackers aux paroles gentiment consciencieuses. Révolutionnaire, militant, un style guerrier qui amène une telle force à ses morceaux que nos tympans plongent dans ces récits comme si on le vivait. Dès le début, on est pendu aux lèvres du MC avec « Point Of No Return« , un puissant récit sur différents faits historiques; comme lorsqu’il raconte ses origines latinos en parlant de l’extermination des peuples indigènes par les conquistadors espagnol, et autres croisades. Le bonhomme est cultivé et nous partage son savoir. Déterminé, brut, la tension est encore plus palpable lorsque, sur un fond de musique folklorique sud américaine, le parcours du trafic de cocaïne nous est dévoilé, avec ses acolytes Pumpkinhead, Diabolic, Tonedeff, Poison Pen, Loucipher, et C-Rayz Walz qui ont tous un rôles durant ce long périple. Un contraste bluffant, qui nous rappelle une ambiance à la Scarface. Sa hargne, il l’a transpose aussi dans des titres comme « Obnoxious« , délirante satire, remplie de punchlines fracassantes à la fois humoristiques et vulgaires, l’un des morceaux phare de l’album.

Mais sa cible favorite semble être le gouvernement américain, qu’il fustige et dénonce à de multiples reprises. Tout d’abord sur « The Cause Of Death« , dans lequel il remet fortement en cause leur part de responsabilité dans les tragiques événement du 11 Septembre, mais aussi au travers de « Industrial Revolution« , de « Freedom Of Speech » (qui utilise symboliquement la mélodie du dessin animé Pinocchio), ou encore sur « The 4th Branch« , qui brise le rêve américain et remet en place la démocratie au rang d’un simple mot, qui ne semble donc pas vouloir dire grand chose. Si sa colère est perceptible à tout instant de l’album, on dénote aussi forcément une forte émotion derrière ces récits de désespoir. Et c’est le cas sur cette description de son quartier d’Harlem (« Harlem Streets« ), touchante et mélodieuse comme la production qui va avec, conçu comme la majorité par Southpaw, le frère d’Akir (autre artiste signé sur Viper Records). D’ailleurs la majorité des productions (Danja Mowf, Metaphysics, Omen,…) sont en parfaite harmonie avec les paroles virulentes d’Immortal Technique. Des mélodieuses boucles de guitare, de piano, des extraits de débats télévisés ou encore cette touche latino à l’image des trompettes « Sierra Maestra » de Domingo, chaque élément nous transporte dans l’atmosphère révolté du rappeur.

Au delà des textes socio/politiques, Immortal Technique sait également raconter des histoires, des événements qui nous semble beaucoup plus proche. « You Never Know » en compagnie de la charmante Jean Grae en est un exemple. Captivante et larmoyante pour l’auditeur, cette histoire d’amour fauchée de 7min48 ne vous laissera pas indifférente. Plus qu’un album coup de poing, c’est un véritable bulldozer, mené par une démonstration rarement égalée, qui n’est pas sans nous rappeler les frasques d’un Chuck D ou d’un Paris. Immortal Technique est le Che Guevara du Hip Hop, le revendicateur du peuple, d’une cause (comme le fût un Malcolm X, n’oubliant pas au passage Mumia Abu Jamal dans les couloirs de la mort), un artiste hors du commun qui forcément dérange.


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