Master P – Ghetto D (1997)

30 06 2007

Dix ans déjà, une décennie que cet album de Master P est sorti. Pour fêter cet anniversaire en beauté, Priority Records/EMI réédite ce classique qu’est Ghetto D, agrémenté de quelques bonus inédits. Cet album est avant tout celui qui a consacré et confirmé le règne de Percy Miller et de son empire No Limit Records sur une partie du paysage Hip Hop, particulièrement le Dirty South, dans les années 90.

A l’époque, les tendances viennent principalement des deux côtes. Les artistes venant de la Nouvelle-Orléans ou autres sont vus comme de simples campagnards et ont du mal à démarcher envers les maisons de disques. Des pauvres bouseux pourtant nombreux, qui vivent eux aussi dans des ghettos parmi les plus dangereux et insalubres des Etats-Unis. C’est donc avec une stratégie et un business bien adapté que la dynastie No Limit s’est construite : une surproduction d’albums de gangsta rap, des documentaires/films et autres produits dérivés qui reflètent la réalité des quartiers du sud afin que ses habitants se sentent enfin représentés. Son succès ne se fait pas attendre et sa fortune colossale font rapidement de lui l’un des boss du Hip Hop. Ghetto Dope est sûrement son meilleur album et c’est aussi celui qui le représente le mieux. Censuré au dernier moment pour devenir Ghetto D, la pochette est elle aussi retouchée en enlevant l’image d’un jeune drogué fumant son crack devant le magasin de disque de Master P. Toujours dans la même veine des CDs qui sortent sous cette étiquette, Ghetto D est bourré de featurings d’artistes signés principalement dans sa crèche histoire de les mettre en avant (Mystikal, Fiend, Mia X,…). En plus, il a une pochette qui saute aux yeux et contient pas mal de tubes hardcore qui font mouches. Celui qui fera le plus de bruit et qui restera a jamais gravé dans les esprits c’est ce fameux « Make ‘Em Say Ugh » où lui et ses soldats invitent l’auditeur à hurler son gimmick de demeuré « Uuuuuuuggggggh !!! ». Décrit comme ringard par beaucoup de puristes à cause de son côté surjoué, le côté kitsch de ses pochettes, les productions irritantes pour lesquelles il a souvent opté par la suite, et puis son flow maladroit, Master P y trouve tout de même ses fans et amène un courant que les rues de New-York et Los Angeles ne connaissaient guère. Les productions du Ghetto D assurées encore et toujours majoritairement par les Beats By The Pound (Craig B., Mo B Dick, KLC) sont – tout comme son précédent opus – largement inspirées par ce qui se fait sur la westcoast. Des ambiances pesantes pour narrer ses histoires de drogue, de belles caisses, de magouilles en tout genre, de « Weed & Money » ou de ‘Bitches & Blunts’. Les cocktails parfaits pour ceux qui se veulent pimp ou hustler.

Les jumeaux Kane & Abel font une sacrée démonstration sur le puissant « Throw ‘Em Up« , tandis que Master P reprend un célèbre tube de Marvin Gaye (« Sexual Healing ») pour s’enivrer avec Lil’ Gotti et son frère Silkk The Shocker sur « Bourbon And Lacs« . Le paradis ou l’enfer ? comme il se le demande sur « Only Time Will Tell« , les rues de Bâton Rouge ont toutes ces destinées. Et il le sait car son frère Kevin y est tombé au champs d’honneur comme bien d’autres, il lui rend d’ailleurs hommage avec Pimp C sur la fameux « I Miss My Homies », tout comme 2Pac (dont il semble fortement inspiré) et Notorious BIG, sur un refrain entraîné par les Sons of Funk, Mo B. Dick et O’Dell. L’amour du Ghetto, le Ghetto et l’amour il en est aussi question sur « Gangsta’s Need Love » avec la tigresse Mercedes.

Jamais loin de ses brothers C-Murder et Silkk The Shocker comme sur l’énorme titre eponyme, Master P délivre en 1997 une révolution en 19 pistes qui se nomme Ghetto D. Plus connu pour son côté businessman que pour sa discographie, il reste un pionnier dans son genre. Sans l’aide d’une forte exposition des gros médias, mais plus par ses propres moyens, il est devenu l’un des précurseurs d’une scène sudiste qui ne demandait qu’à s’épanouir et à se distinguer au niveau nationale. On voit d’ailleurs ce qu’elle est devenu aujourd’hui en 2007, une immense ruche de rappeurs qui secouent sans cesse les ondes des radios avec leurs tubes déjantés et les dernières tendances du moment. Et ce en partie grâce à lui.


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