The Game – Doctor’s Advocate (2006)

13 11 2006

Après avoir crée un engouement hors du commun avant la sortie de son premier album The Documentary (sorti sur Aftermath/G Unit Records), The Game n’a pas pour autant cessé de faire parler de lui après la sortie de ce disque qui a connu un énorme succès : environ 400 000 exemplaires vendu le jour de sa sortie aux USA, pour finir double platine et finalement comptabiliser plus de 4 millions d’albums vendus dans le monde. Lui, le nouveau protégé de Dr Dre, lui qu’on nomme déjà comme le nouveau représentant de la Westcoast, est devenu en l’espace de quelques semaines la coqueluche des médias. Il faut dire qu’il y avait matière à se pencher sur son cas, la presse n’ayant cessé de suivre ses péripéties au jour le jour depuis la querelle naissante avec 50 Cent peu après la sortie de Documentary (et qui continue encore de nos jours). Eté 2005, la nouvelle tombe : 50 Cent, qui l’avait pourtant pris sous son aile et contribué à son succès, annonce à la radio qu’il ne faisait plus partie du crew des G-Unit. S’ensuivit alors de nombreuses tensions et représailles à distance, comme la première fois où le slogan fédérateur ‘G-Unot’ fut lancé lors du festival Summer Jam, sans parler des multiples diss-tracks à l’encontre de Curtis Jackson et sa bande. La réaction du camp adverse fut réciproque. Et ce n’est pas cette pseudo-réconciliation lors de donations de fonds pour diverses associations qui changera la donne. Mais qui sème le vent récolte la tempête… C’est un peu ce que The Game va finir par s’apercevoir à force de chahuter tout le monde et de lancer des campagnes nuisibles sur 50 Cent, vu que celui-ci est aussi lié au label Aftermath.Cette rivalité va en effet le mener tout droit à la porte de l’écurie qui l’a adopté et formé, pour trouver asile chez Geffen. Second coup dur pour Game. Néanmoins selon ses dires, sa relation avec son mentor Dr Dre n’en ai pas pour autant altérée. Il lui reste loyal, le remercie et lui est plus que jamais reconnaissant de l’avoir aidé à reprendre sa vie en main. Cependant, des doutes subsistent alors sur son deuxième album baptisé Doctor’s Advocate (Geffen/Polydor), dont les dates de sorties maintes fois revues laissaient présager une certaine fébrilité entre le docteur et son ancien poulain, jusqu’à ce que celui-ci décide au dernier moment de ne plus faire partie de cette (mes)aventure. Mais était-ce là un signe, la chance pour lui de prouver que sans Dr Dre et 50 Cent, il peut être son propre maître, en comptant sur ses compétences et ses capacités intrinsèques pour offrir un disque entièrement personnel. The Game se retrouve dès lors seul contre tous, enfin presque. On retrouve tout de même une grosse partie des collaborateurs son premier disque, tels que Just Blaze, Hi Tek, Scott Storch, Kanye West et des nouvelles têtes telles que Will.I.Am, Reefa, DJ Khalil mais aussi Jelly Roll ou Nottz. Autrement dit, une belle brochette des meilleurs producteurs du moment. Le compte à rebours est lancé, Doctors Adocate sortira cette fois bel et bien le 14 Novembre 2006, avec la réponse à notre question va enfin être révélé : peut-il s’en sortir et reproduire le même enthousiasme ?

Et la première approche que l’on a reçu, c’était par l’intermédiaire du single « It’s Okay (One Blood) ».Reprenant avec Junior Reid en personne son fameux tube « One Blood », The Game affiche d’entrée de jeu la couleur celle du rouge sang du gang des Bloods (dont il fait partie). Par la même occasion, il déclare qu’il n’a ni beef avec 50 Cent ni avec Jay-Z. Le débat est-il enfin clos ? En tout cas du côté de Game, les choses semblent claires. Aussi, « It’s Okay » montre qu’il a évolué, qu’il sait innover en mélangeant parfaitement ici le reggae avec son rap pour en faire un morceau puissant, violent, avec des boucles de violons qui donnent le ton. On lui reprochait pas mal de choses lors de son précédent album, notamment le fait que la majorité de ses chansons, du moins les productions, ne fleurent pas l’esprit de la côte Californienne. Mais allez le voir avec Snoop Dogg et Xzibit, ils vous expliqueront où passer de bonnes vacances et vous diront comment leurs cœurs battent pour leur côte ouest. Avec la visite guidée « California Vacation », créée de main de maître par J.R. (alias « the white Dr Dre »), le trio nous signent un pur hymne. Peu importe leur gang, peu importe leur quartier, ils vibrent au rythme des mêmes grosses basses, de ces mélodies de synthés p-funk typique et aiment tous la bonne weed. Comme résume le Doggfather : « Still lowridin’ on the West ». Toujours pas convaincus ? Kurupt et Daz viennent en force vous faire bouger et vous montrer qu’il ne rigolent pas sur « Bang » (produit par le délirant Jelly Roll), pendant que Game fait une démonstration avec son « hydraulic » avant de renvoyer la balle aux Tha Dogg Pound, et ainsi de suite.

Ne vous attendez certainement pas à rentendre des véritables morceaux tubes du calibre de « How We Do », « Higher » ou « Westside Story », ici The Game dévoile des sons tout aussi efficaces mais plus variés, plus originaux, à l’image des très bons « Let’s Ride » ou encore « Too Much » (au refrain chantonné par le crooner de ses dames Nate Dogg). Toutes deux concoctés par le pianoman Scott Storch (pour reprendre l’expression de Timbaland), celui-ci sort une fois de plus le grand jeu en détendant l’atmosphère. Et puis il y a le puissant « Compton », une ôde au quartier populaire d’où a émergé le gansta rap, N.W.A., Game et… Will.I.Am qui lâche pour l’occasion son côté Black Eyed Peas pour façonner à « Mr Westside » ou « King of the Westcoast » (comme il s’auto-proclame lui-même) un son ghetto old school. Un son surprenant mélangeant entre autres les samples de « Real Muthaphukkin G’s » d’Eazy E, « Hard Time » de Baby Huey et « Gangster Boogie » du pionnier Schooly D, pour un résultat inattendu qui rend ainsi hommage à sa ville et aux artistes qui y sont natifs, le tout baignant dans une ambiance qui remémore les premières heures du hip hop californien. Ceci rappelle, pour l’anecdote, que l’on oublie trop souvent que Will.I.Am a été découvert par Eazy-E.

On reprochait également à Game le fait de faire du name-dropping à outrance dans ses chansons. Il faut dire que de ce côté-là, il s’est assez calmé bien qu’il ait toujours un sacré penchant pour citer telle ou telle personne. Dr Dre revient évidemment très (trop?) souvent, car cité plus de 200 fois! Son vocabulaire est vite cerné et tourne souvent autour d’une bonne bouteille de cognac, de sexe, de flingues, de son vécu et autres loisirs californiens, mais normal me direz-vous, c’est du gangsta rap. Après un « Lookin’ At You » percutant (qui sonne comme un beat de Dre mais produite en fait par Urban EP Pope) et annonciateur de son arrivée fracassante, The Game continue dans son bon élan pour foutre la merde sur « Da Shit », l’un des meilleurs morceaux de l’album que le DJ des Self Scientifics, Khalil, lui délivre sur un plateau d’argent. Un son bien lourd qui appuie la fin de chacun de ses couplets par quelques touches de synthé. Même sans Dr Dre, son ombre ou son nom reste omniprésent, puisqu’il ®est(e) le sujet principal de l’album et du titre éponyme « Doctor’s Advocate ». Une véritable confession voire profession de Foi, par laquelle il lui prouve loyauté, reconnaissance et où il explique nostalgiquement les raisons de son départ d’Aftermath, et comment il se sent déprimé depuis. Son ancien collègue de label Busta Rhymes (en featuring) essaie de le réconforter en jouant le rôle de médiateur.

Le docteur est encore présent dans sa tête; et ce n’est sûrement pas un hasard s’il rappe sur le sample d’ « Hyperbolicsyllablicsequedalmistic » d’Isaac Hayes pour « Remedy », car un certains Dr Dre donnait la réplique à B-Real en 1996 sur le même beat nommé « Puppet Master » (sur la compil Soul Assassin de DJ Muggs). D’autres revendicateurs, du côté de New-York cette fois, l’avaient aussi emprunté pour déverser leurs punchlines fracassantes: Il s’agit bien évidemment des Public Enemy. Pour cet instrumental, Just Blaze n’a plus qu’a en faire un jolie copier/coller en scratchant Chuck D et le tour est joué. Sa collaboration avec Kanye West ayant bien fonctionné (« Dreams »), il remet ça sur « Wouldn’t Get Far » pour un résultat un peu moins alléchant que la précédente, mais qui se laisse écouter tranquillement. Toujours dopé aux samples soulfuls et boucles de voix, on a même le droit à quelques phrasés du PDG de GOOD Music. Vous remarquerez à la fin de cette track, que Game copie les ad-libs de Snoop Dogg sur « All About You » de 2Pac. Parmi les morceaux posés, notons le très bon « One Night » (avec la sexy et mélodieuse production de Nottz), ainsi que le langoureux « Ol’ English » enivré par Hi Tek et les vapeurs d’alcool à la mémoire des ses homies décédés tragiquement. Jamie Foxx le chanteur est une fois de plus présent sur un album Hip Hop, jouant avec le « doctor’s advocate » la carte du romantisme éphémère. Où quand l’un prétend à sa compagne pouvoir l’emmener autour du monde, l’autre lui déclare l’aimer autant que ses chaussures. « Around The World » est un duo peu convaincant et tout aussi touchant.

Avec ce Doctor’s Advocate, The Game ne prouve pas seulement qu’il ai pu s’acheté plus de jantes chromées pour son lowrider (comme le démontre la pochette). Seul producteur éxécutif, il prouve nettement qu’il a su tenir la tête haute, démentir les critiques et surtout qu’il n’est pas dépendant de Dr Dre ou de 50 Cent pour poursuivre sa carrière. A vrai dire, se séparer d’eux est peut-être la meilleure chose qui ait pu lui arriver. Vu le gratin d’artistes (rappeurs et producteurs) qui y ont contribué, il aurait été difficile d’en faire un bide avouons-le. Malgré une piètre « Scream On ‘Em » (en combinaison avec Swizz Beatz) qui fait assez tâche, Doctor’s Advocate regorge de bons morceaux certifiés de qualité californienne, et efface quelques uns des multiples défauts de The Documentary. Certes le niveau de finition n’a rien de comparable et l’influence musicale de Dr Dre reste présente, cependant il compense par un flow plus fluide, une ambiance westcoast à la fois old school et new school, reste juste son goût prononcé pour le name-dropping. Ce qui n’empêche de faire de Doctor’s Advocate un disque homogène et qui vaut son pesant de platine. Pas mal de détracteurs fermeront leur gueule, et ceux qui le pensaient fini ont eu tort. Belle revanche.

Le finish est de toute beauté avec « Why You Hate The Game ». Un son magnifique dans une tonalité Hip Hop/NuSoul, bien orchestré par un Just Blaze qui a composé avec de vrai musiciens, une chorale, les backs de la douce voix de Marsha Ambrosius et un couplet de Nas en plus de ceux de The Game. Au total, 9min22 de pur bonheur et le mot de la fin qui met un terme au beef entre lui et 50 Cent : « He ain’t BIG and I ain’t ‘Pac/ We just eatin’ off rap ».


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