Mobb Deep – Blood Money (2006)

12 06 2006

Roll that shit
Résonnant comme l’un des groupes les plus réputés du Hip-Hop, les Mobb Deep nous reviennent en cette année 2006, soit approximativement 13 ans depuis le premier essai ‘Juvenile Hell’ quand ils n’étaient que des enfants terribles de Queensbridge. En autant d’années écoulées, tout n’a pas été aussi rose dans la carrière du groupe, faisant souvent la une des médias le plus souvent pour de multiples rumeurs (séparation, embrouilles,…) et de critiques sur leur évolution artistique. En 2004, ‘Amerikaz Nightmare’ a selon, certains fans, définitivement marqué le point de chute artistique entre le Mobb Deep des débuts et leur nouveau style. La cause de tout cela: des collaborations inhabituelles, laissant donc moins de place a leurs acolytes de toujours (Big Noyd, Infamous Mobb,…) et l’impression d’une légère préférence aux gros tubes et aux artistes en vogue (même Lil Jon). Ce choix a forcémment une raison, celle-ci en est probablement une: repris par Jive Records depuis peu, il fallait donc qu’ils assurent leurs arrières avec des ventes qui les mettraient dans une position confortable. Mais de la même manière qu’un tout nouveau groupe essayant de percer, les labels font table rase si les résultats prévus ne sont pas atteinds. Et c’est ce qui leur arriva avec l’insuccès de ‘Amerikaz Nightmare’ malgré leur application à bien faire. Pour autant l’album reste efficace, mais les fans le boudent ne s’y retrouvant pas. Rapellons qu’ils leur étaient arrivé exactement la même chose au tout début de leur carrière avec le label 4th & Broadway qui les avait envoyé balader après ‘Juvenile Hell’. Cependant Loud Records leur avait accordé une seconde chance, et heureusement car on connait tous les succès qu’ils ont connu après cela.

Light that shit
Mais Prodigy et Havoc ne désespèrent pas pour autant, restent confiants et relativisent la chose en se disant que Jive Records était une bonne structure mais qui était plus dans la tendance Rnb (avec R Kelly, Britney Spears,…), alors que Mobb Deep est un groupe de rue. A partir de ce moment une proposition leur est faite, venue d’un label qui jouit de sa côte de popularité dans les ventes d’album et d’une image médiatique à haute dose: il s’agit bien évidemment de l’empire G Unit Records avec à sa tête le bien nommé Curtis « Billion Dollar Budget » Jackson aka 50 Cent. Cette démarche d’attérir dans une structure comme celle-ci n’était pas bien sûr sans avantage ni inconvénient pour la renommée du groupe….

Peut-on leur en vouloir d’avoir signé dans une maison contestée, souvent détestée, mais qui pour autant est synonyme de réussite alors qu’aucune autre possibilité venait à eux? Certains voient bien sûr la chose d’un oeil méfiant, pensant tout de suite qu’ils étaient plus attiré par l’appât du gain qu’autre chose. Bien sûr qu’ils l’ont été et qui ne le serait pas! Un label qui leur apporte sur un plateau la possibilité de sortir un disque, de l’argent et une côte de popularité médiatique qui leur fera une bonne promotion, ils auraient été bêtes de passer à côté de ça… Cependant le plus important est la musique et il reste à savoir quels seraient leur mot à dire sur la tenue de ‘Blood Money’, car il y a toujours certaines contraintes à respecter.

Smoke that shit
Petite mise en bouche d’un ‘Smoke It’ qui de part ses trompettes et percussions nous ouvre agréablment bien le bal d’un CD attendu de tous. Pour les fans de la première heure, ce changement de piste en a fait grimacé plus d’un. De toute façon chaque prise de position ne peut faire l’unanimité, mais ils tentent de les rassurer en disant que ‘Blood Money’ sera 100% Mobb Deep et que leur seul but est de ramener à eux en plus les auditeurs de 50 Cent. Le premier morceau sous leur nouvelle étiquette est « Outta Control (remix) » sur une production Dr Dre. Un tube teinté mi-west mi-east, qui ne laisse personne indifférent et qui présage d’un sceau avisé le retour en force des Mobb Deep. Ce single est présent en tant que bonus, l’autre étant ‘Have A Party’ featuring Nate Dogg que l’on a déjà pu entendre sur la BO du film de 50 Cent.

Jusque là tout nous était déjà assez familier, voyons ce que nous réserve la suite. Comme convenu aucune collaboration extérieure à la clique, sauf la présence de la douce voix de Mary J Blige sur l’un des meilleurs morceaux de l’album, plus frais qu’un Tic Tac (‘It’s Alright’). Et si le beat d’Havoc vous est peut-être connu, c’est tout simplement parce qu’Alchemist a utilisé le même sample du groupe Side Effects sur le morceau ‘Tick Tock’ où posaient déjà Prodigy ainsi que Nas. On retrouve justement le même producteur sur sa seule contribution avec le titre ‘The Infamous’ où l’on retrouve encore une fois 50 Cent, qui est en tout présent sur six morceaux. C’est vraiment le point que l’on regrette le plus sur cet opus, le manque de présence au micro de leurs anciens partenaires: c’est vraiment un point de plus qui donne l’impression à certains qu’ils ont voulu se démarquer de leurs racines alors qu’en fait non.

Premier single: ‘Put Em In Their Place’. Un son lourd lourd lourd concoté par le trio Sha Money XL, Ky Miller et Havoc, aux lyrics certes pas recherchés mais explicitement faits pour choquer et annoncer la couleur de leurs ambitions (i.e. se faire un maximum d’argent peu importe la manière pour y arriver). Une chanson vraiment à part dans l’album. La texture musicale du groupe à certes nettement changé mais on ressent toujours le côté obscur propre et unique au groupe, qui nous emmène dans des univers variés et tout aussi étonnant les uns que les autres. Pour cela il vous suffit d’écouter par exemple ‘Stole Something’ pour s’en rendre compte, une ambiance planante et intriguante s’en dégage où vient se mêler Lloyd Banks. Mais aussi ‘Creep’ pour sa production particulière qui va crescendo-decrescendo avec une boucle certes trop courte et répititive mais qui amène le groupe à explorer d’autres horizons.

Avec le succès déjà acquis depuis longtemps le groupe a bien évidemment des discours différents depuis, mais reste toujours dans les même thèmes comme les femmes, le quartier, l’argent et business en tout genre (dont il est maintes fois question comme le présume bien la pochette), et qui restent assez ridicules par moment. Pour ramener un peu de calme à l’ambiance pesante de ‘Blood Money’, des morceaux plus légers sont là comme le bon ‘In Love With The Moula’ (prod. J.R.), adoucissant les tympans avec ses touches de piano, mais aussi l’air de ‘Pearly Gates’ (prod. Exile). L’autre morceau qui se dégage également bien de ce disque c’est ‘Give It To Me’ avec un Young Buck toujours aussi énergique, le second single imparable qui fait mouche le tout sur un sample hindou. Le flow d’Havoc et surtout celui de Prodigy sont souvent critiqués depuis les précédents albums, certains y voyantt du laisser-aller, d’autres lui trouvent une raison avec sa maladie, mais peu importe ce que chacuns pensent, qu’il soit molasson, rapide ou autre : sa voix, son talent, son style restent le même.

Pour vous prouver qu’ils n’ont d’ailleurs pas perdu la main côté écriture, il suffira de vous écouter ‘Capital P Capital H’, qui joue sur les lettres majuscules comme vous avez pu le deviner. Et pour définitivement montrer qu’ils ont toujours l’art de créer des ambiances malfaisantes et noircies de mélancolie, ‘Daydreamin’ et ‘Speakin So Freely’ convaincront mieux les connaisseurs. Et histoire de se satisfaire d’un banger bien sombre dont seul les Mobb Deep ont le secret, passez directement « Backstage Pass ». Pas l’ombre du G Unit sur ces trois bons morceaux.

Pass that shit
Certains y voient à travers ce disque une marque de fabrique purement ‘G-Unitienne’, mais hormis les collaborations il n’y a rien de G Unit au travers de l’aspect musical de l’album. C’est du Mobb Deep version 2006, que ca plaise ou non. Ils reviennent en force avec des sons tous originaux avec ce côté sombre et violent comme par le passé, avec des producteurs différents. Et hormis les bonus déjà connus, voire ‘Put Em In Their Place’, cet album est nullement commercial avec aucun véritable tube à l’horizon.

Si cet album ne se vend pas bien, il y aura probablement une raison: la majorité des fans de la première heure le bouderont, ne retrouvant pas le Mobb Deep d’antan et ne se laissant pas convaincre par leur nouveau style. De surcroît la plupart des auditeurs du G-Unit n’y verront pas la un produit dont ils s’attendaient de leur écurie et passeront à côté. Cela fera sans aucun doute couler beaucoup d’encre de part et d’autre. Mais enlevez les oeillères, branchez les sonotones et essayez de voir plus loin que ce à quoi vous vous attendiez.


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